on trouve vraiment de tout ici

 
 

Les enfants attribuent aux adolescents, aux adultes et aux anciens, une forme de cohérence.

Les adolescents attribuent aux adultes et aux anciens, une forme de cohérence.

Les adultes attribuent aux anciens une forme de cohérence.

Les anciens voient leur mort arriver.

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Pour un écrit, je me documente sur les critiques que portent sur la religion les psychanalystes. Marie Balmary a écrit plusieurs livre sur ces frères ennemis. Il y en avait un à la bibliothèque, je le parcours.

un dessin « explicatif » de Lacan

Il s’agit de Le Moine et la Psychanalyste, chez Albin Michel en 2005. Je m’attendais à être noyé du jargon complaisant des psychanalystes hiératiques habituels, j’ai été agréablement surpris dès l’introduction par la simplicité et l’ouverture du propos. La tentative du livre est de présenter un rapport entre religion et psychanalyse par l’intermédiaire d’un récit, d’un dialogue, agrémenté de didascalies narratives cherchant à en diminuer la sécheresse. C’est une vieille tradition dans laquelle il y a toujours des choses à faire. Marie Balmary cherche la justesse, et elle la cherche directement, sans tautologies dissimulées derrière un rideau de technicité. La conviction à partir de laquelle se construit le propos, est celle de la parole qui trouve un endroit pour se libérer. Cet endroit est évidemment le cabinet (les thérapeutes prononcent souvent ce mot, avec une légère emphase). La religion est le lieu où cette parole est étouffée, parce que le dialogue n’y a aucune fonction. L’homme s’adapte au dogme et au « dieu obscur qui demande à l’homme le sacrifice de sa pensée, le renoncement à sa conscience ». C’est drôle parce que d’un point de vue externe, ce sont des reproches qu’on peut aussi faire à la psychanalyse, en tant que corporation. Celle de provoquer la coagulation d’une pratique, d’un dialogue, en dogme. Cette conversation que met en scène Marie Balmary est peut-être un jeu de miroir, dont on peut tirer des conclusions réciproques. Les systèmes sont étouffants, heureusement qu’ils sont parfois infiltrés par des personnes sensibles.

Je profite de parler de cette lecture pour ajouter des réflexions personnelles qui me suivent depuis quelque temps.

Il y a un passage intéressant de la Genèse qui donne une vision surprenante du rapport au dieu obscur. Lorsque Yahvé (YHWH, vous connaissez ?) annonce à Abraham qu’il va bombarder Sodome et Gomorrhe, ce dernier sermonne son dieu de la sorte :

Perdrez-vous le juste avec l’impie ? Et ne pardonnerez-vous pas plutôt à la ville à cause de cinquante juste, s’il s’en trouvait autant ? Non, sans doute, vous êtes bien éloigné d’agir de la sorte ; de perdre le juste avec l’impie, et de confondre les bons avec les méchants. Cette conduite ne vous convient en aucune sorte ; et jugeant comme vous faites, toute la terre, vous ne pourrez exercer un tel jugement 1

Étonnante objection d’Abraham, qui se montre plus sage, plus juste, plus modéré que Dieu, censé être l’intouchable perfection. Il y a là aussi dialogue, car Dieu finit par modifier son plan en épargnant Lot. On peut donc discuter avec lui, et même le convaincre. Mais peut-être faut-il pour cela s’appeler Abraham, ou avoir comme lui formé une alliance avec Dieu.

Ce dialogue me semble révéler une chose — qui est d’ailleurs trop évidente pour avoir besoin d’être révélée : religion et psychanalyse sont plus proches qu’éloignés, plus semblables qu’opposés. Tous deux, en tant que systèmes, se basent sur des figures fondatrices mythifiées, apportent une explication du monde — une ontologie, une cosmogonie, des règles de vie, des rituels, des dogmes, des inclusions et des expulsions. Tous deux ont tendance à se considérer comme détenant l’exclusivité de la vérité, et ils se reprochent l’un l’autre les mêmes choses, presque dans les mêmes termes.

Aujourd’hui même (13 août 2011), j’entendais sur France Info la chronique de la psychanalyste de la chaîne, répondant aux questions des auditeurs. Le sujet du jour : que faire face à la douleur d’un enfant face à la mort d’un de ses parents. La réponse, grosso modo, est « lui en parler, et consulter un psy ». Deux mouvements prévisibles : la libération par la parole, et aller consulter. Outre la question sur l’utilité de la réponse préfabriquée aux douleurs humaines, on voit qu’on pourrait avoir à peu près la même réponse d’un curé : expliquer la mort à l’enfant, et aller à l’église. Les deux disciplines ont un ardent désir d’évangélisation, elles poussent à leur consommation, elles ont aussi des difficultés à accepter la validité d’approches différentes.

Je me suis toujours étonné qu’on ne fasse pas le rapprochement plus souvent. Se rendre régulièrement dans un cabinet, au secret, pour révéler ses pensées les plus secrètes à une autorité qui vous écoute, n’est-ce pas l’exacte définition de la confession ? La psychanalyse ne serait-elle pas la religion des intellectuels et des créatifs ? Une version plus satisfaisante pour l’intellect ? Et pourquoi pas ? Les deux peuvent apporter une aide aux âmes dans le besoin, et ils laissent les autres tranquilles, parfois à regret.

  1. Genèse XVIII, 23-25, la Bible de Lemaître de Sacy
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Je lis en ce moment Grégoire de Nysse, qui est un de trois père capadocciens, comme on nomme ces pères de l’église qui vivaient dans cette belle région du centre de la Turquie.

Lire les pères de l’église est délicieux, on est proche de la philosophie antique, car ils s’agissaient d’érudits pour beaucoup instruits en philosophie grecque, lecteurs de Platon et d’Aristote. Selon les tempéraments, leur théologie tend vers l’utilisation des méthodes philosophiques pour penser Dieu et le dogme, ou l’aspect rationnel est mis de côté en faveur de la mystique, d’un rapport plus direct et inexplicable avec Dieu. Cette deuxième approche, plus orientale, est encore vivante dans l’orthodoxie. Ce mélange de réflexion et de mystique donne des textes plus poétiques que les systèmes philosophiques.

Grégoire de Nysse, à ce titre, est une lecture qui vivifie l’esprit, par son raisonnement et ses comparaisons, charmantes comme celles de Platon. Prenons par exemple le premier paragraphe de La Vie de Moïse :

Les spectateurs des jeux équestres, quand ils voient leurs favoris engagés dans la lutte de la course, bien que ceux-ci ne négligent rien pour aller vite, ne peuvent s’empêcher, dans leur désir de les voir vaincre, de pousser des cris du haut des tribunes; leurs yeux tournent avec les coureurs; ils excitent — du moins le croient-ils — le cocher à un mouvement plus rapide; ils ploient les genoux en même temps que les chevaux et tendent leur main vers eux en l’agitant comme un fouet. Ce n’est pas que ces manifestations aident à la victoire, mais l’intérêt qu’ils portent aux lutteurs les pousse à témoigner leur faveur de la voix et du geste. Il me semble que je fais à ton sujet quelque chose de semblable, toi, le plus estimé des amis et frères, quand, te voyant prendre part dans l’arène de la vertu à la course divine et te hâter, à foulées rapides et légères, vers « la récompense à laquelle Dieu nous appelle d’en-haut », je t’excite pas mes paroles, je te presse et je t’exhorte à augmenter de vitesse et d’ardeur.

L’avantage des lectures antiques est qu’on peut trouver beaucoup de traductions françaises sur quelques sites précieux, comme celui de Philippe Remacle ou celui de http://jesusmarie.free.fr/ publiant de multiple textes de saints. On trouve aussi des traductions des écrits de Grégoire de Nysse sur un site dédié, qui recueille des traductions plus modernes et des textes plus difficiles à trouver.

La discipline qui étudie les pères de l’église s’appelle la patristique. Beaucoup de ces textes sont publiés au Cerf, dans la collection Sources Chrétiennes (voir aussi le blog, qui annonce notamment les conférences et colloques).

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Convoquer les théoriciens du management pour parler des problèmes dans l’entreprise, c’est comme demander à un théologien de résoudre les problèmes que peut rencontrer un couple homosexuel.

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1° Ce soir à 22.45H la philosophe CYNTHIA FLEURY – celle avec qui nous avons dû annuler le débat vendredi dernier pour cause de coupe du monde de football – sera sur FR3 à l’émission de Frédéric Taddeï “Ce soir ou jamais”, et parlera certainement du COURAGE.

2° Jeudi prochain SUSAN GEORGE nous fera l’honneur de venir débattre avec nous de son dernier livre  LEURS CRISES, NOS SOLUTIONS, après être venue une première fois au CINÉ-DÉBAT autour du film LET’S MAKE MONEY :
http://rencontres-et-debats-autrement.org/index.php?page=let-s-make-money

«Crise ? Vous avez dit crise ? Tenez : vous avez l’embarras du choix.  Effondrement de l’économie-casino et des finances mondiales, pauvreté et  inégalités croissantes depuis trente ans, combat quotidien de millions de  gens pour accéder à l’eau et à la nourriture, réchauffement climatique aux conséquences humaines désastreuses. Toutes ces crises procèdent des mêmes  politiques néo-libérales mises en œuvre dans le monde par les mêmes acteurs;  elles s’aggravent mutuellement et pourtant aucune n’est une fatalité. A leur logique, opposons la nôtre.» Susan George

Susan George n’est pas une rêveuse, mais une femme de tous les combats, engagée en faveur de la régulation du capitalisme globalisé (proche de Joseph Stiglitz, prix Nobel d’Économie, ancien directeur du FMI) et de l’écologie politique.
Aujourd’hui la Finance s’attire toutes les complaisances, l’économie réelle et l’emploi sont négligés. La société est délaissée et le sort de la planète passe en dernier. Mais si au contraire l’on protégeait la terre et la société? Si l’on mettait l’économie à leur service et la finance sous tutelle? Alors on découvrirait vite un monde à la fois vert, équitable, démocratique. Ces thèses sont-elles une utopie ou une possibilité authentique?
Nous en débattrons avec elle.
Vidéo: http://www.dailymotion.com/video/xddut3_debat-sur-la-crise-la-regulation-et_news

Susan George, franco-américaine et présidente d’honneur d’ATTAC, est l’auteure d’une quinzaine d’ouvrages dont Le Rapport Lugano, un bestseller mondial, Nous, Peuples d’Europe ou La Pensée enchaînée.
La soirée se termine par une vente-dédicace de ses livres.

JEUDI 24 juin à 19h15 à la Mairie du 2e, 8 rue  de la Banque, M° Bourse :

Rencontres et Débats  Autrement
INVITÉE: Susan George, présidente d’honneur d’Attac,
DÉBAT : SORTIR DES CRISES – UNE UTOPIE?

à propos du dernier ouvrage  de Susan George
«LEURS CRISES, NOS SOLUTIONS» paru  chez Albin-Michel, mai 2010, 20 E

Merci de vous inscrire sur le siten rubrique contact :
http://rencontres-et-debats-autrement.fr/

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Je me suis rencontré, je me suis reconnu
Je me suis adoré au tout premier regard
Quand je rêve de moi, comme un vieil inconnu
me sourit tendrement à travers le miroir

Je m’aime à la folie, sans moi je ne suis rien
Je me suis attendu assis aux Deux Magots
Je ne voyais que moi parmi les faubouriens
Entre mille touristes aux allures de nigauds

Prolonge mon bonheur, demeure entre mes bras
Toi mon alter ego qui n’a jamais failli !
Je ne suis jamais seul lorsque je pense à moi

Quand je rentre le soir, je me sens accueilli
En parlant avec moi, bien loin des caméras
Je m’écoute encore, je m’aime, je me jouis !

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J’ai la joie de ne plus être salarié depuis plus de deux ans. Le théâtre de l’entreprise m’est devenu un peu étranger. En tant que freelance, j’y fais de régulières incursions, et je suis quelques clients sur le long terme, ce qui m’ofre une position plutôt agréable : ni un membre officiel de l’entreprise, ni totalement un étranger, je me baigne en quelque sorte dans le petit bassin, pour un temps limité. cela me permet de retoucher du doigt les aléas du salariat en spectateur. La semaine dernière, j’ai revécu une situation que j’avais presque oubliée : chargé d’ajouter des fonctionnalités à un programme de gestion développé en interne, j’ai été contacté par une utilisatrice qui se plaignait d’un mauvais fonctionnement, ce que tout le monde appelle un bug. Vous n’en avez pas marre du mot bug ? Moi si. Bref, elle me contacte :
- Il y a un bug…
C’est une jeune fille charmante, elle a l’air sympa, et elle est très mignonne. Elle me montre le problème. En effet, je constate, il y a un souci. Comme je n’identifie pas sur place d’où provient l’erreur, je lui réponds sans donner de garantie de délai, que je vais chercher d’où cela vient. Je sais qu’elle en a besoin le jour même pour sortir un état imprimé. Mais je ne peux lui garantir de pouvoir faire la correction sans devoir lui donner une nouvelle version du programme, ce qui prend un peu plus de temps. Je retourne à mon bureau pour chercher la source du beuuug.

A peine suis-je assis, que je reçois un e-mail. Elle envoie un mot pour annoncer que la fonction dont elle a besoin ne marche pas, qu’elle ne peut pour l’instant pas imprimer son état, et qu’elle vient de m’en parler. Les destinataire sont la personne qui supervise mon travail dans cette entreprise, et le responsable de l’informatique, le numéro trois de la boîte. Je suis en copie. Panique à bord, elle se couvre les fesses. Il est 11:52.

En remontant la piste du problème, je m’aperçois qu’il s’agit simplement d’une information qui manque dans le résultat retourné par le moteur de bases de données. C’est simple à corriger, et le résultat sera immédiat, sans avoir besoin de lui livrer une autre version du programme. Je fais la correction, je la teste, je lui envoie un message pour lui demander de tester. Il est 12:05. A ce moment, je me demande : dois-je répondre à l’e-mail, méthode basique d’entreprise, tout le monde en copie pour dire que c’est résolu ? Ca fait compétence, rapidité, sérieux, je redore mon blason. Mais ai-je besoin de me justifier, de jouer ce jeu dans lequel j’ai été empétré de longues années ? Suis-je encore un acteur politique ? Je décide héroïquement que je n’ai pas besoin de tout ça. je m’en fous. Elle me confirme que la correction fonctionne, elle me remercie chaleureusement. Affaire classée. 12:15, elle fait preuve de grandeur : un e-mail tombe, elle confirme à tous que le problème est réglé. Chapeau. Elle avait agi trop vite, qui peut l’en blâmer ? elle a appris à jouer un jeu dans un environnement qui la presse à le faire, sinon elle deviendrait une victime. Sympathique, oui, masochiste, non.

J’avais oublié quels types de comportements la vie en entreprise générait.

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Dans son Making Of, le site Rue89.com se fait l’écho de la grogne des lecteurs, qui réagissent à l’emploi du terme de grogne pour désigner les mouvements populaires, dits sociaux. Après que le mot fut utilisé pour le titre de plusieurs articles (« La grogne des pêcheurs s’étend », le 18 mai; « Grogne sociale et jeux de pouvoir », le 22 mai; « Grogne sociale, pourquoi ils sont tous dehors », le 16 juin), les lecteurs ont réagi à l’utilisation du terme. Le Making Of conclut qu’il s’agit d’un tic journalistique malheureux.

En suivant bien la règle, c’est-à-dire en vérifiant dans le dictionnaire, on serait tenté de n’y voir aucun mal. le Robert donne deux acceptions au verbe grogner. En résumé, soit le cri du cochon, de l’ours et du sanglier, soit une façon de manifester son mécontentement en groupe. Mais les mots ont une connotation, et dans le cas de la grogne, elle est évidente : péjorative, franchement abêtissante. Le fait que le Robert présente une acception politiquement correcte, pour rendre compte de l’usage, induit en retour une justification à l’utiliser. On voit comment les dictionnaires peuvent involontairement véhiculer certaines tendances.

Tendances de quoi ? La carrière moderne du mot grogne a été lancée – selon le Robert culturel – par le Général de Gaulle, dans son allocution du 12 juillet 1961 : « chaque remous met en action les équipes diverses de la hargne, de la rogne et de la grogne ». Merci Mon Général. Quels sont ensuite les exemples d’utilisation donnés par le Robert ? « la grogne populaire, sociale, syndicale ». Dans l’utilisation quotidienne qu’en font les médias, nous trouvons des titres comme celui d’un article du Monde daté du 19 mai 2008 : « la grogne continue, la réforme aussi ».

Il se dessine une image prégnante : pendant que le gouvernement et les experts concotent savamment des solutions réfléchies, raisonnables et rationnelles, les masses populaires grognent de mécontentement. On ne parle pas de grogne des gouvernements, comme le remarque un lecteur de l’article de Rue89 : « [Nulle part ne se lit] ‘la grogne du Medef’, ‘la grogne des députés’ ou même ‘mouvement de grogne au conseil des ministres’. » ? En cherchant sur un agrégateur de sites d’actualités, on trouve 912 fois le mot grogne en un mois. Une recherche avec “grogne du gouvernement” par contre, ne retourne rien. Une recherche sur Google donne… 2 réponses : Un site marocain, et un site belge. Pourquoi cela ? Ne serait-ce parce qu’on considère les politiques comme détenteurs d’une rationalité, de l’exercice en pleine conscience de la décision après analyse minutieuse de tous les éléments du problèmes (les grand politiques, de nos jours, sont ceux qui « travaillent leurs dossiers ») ?

Alors que les bergers s’efforcent de maintenir le troupeau bien sagement au repos dans son enclos, de temps en temps, à cause d’un incident, de la montée de tension de la part de quelques spécimens, celui-ci est secoué de vagues inquiétantes, anarchiques, et peut, dans une réaction grégaire incontrôlable, briser une palissade et s’enfuir dans un galop sauvage, renversant tout sur son passage. Le peuple est donc inconséquent, et le politique, l’élu, est, par le fait même d’être institué, ou peut-être par nature, qui sait, guidé par son sens des responsabilités. Chez lui, la rationalité et l’analyse dominent, même si parfois on peut déplorer son manque d’à propos, ou une phrase indélicate, qui tranche avec son habituelle retenue. Même en masses, les élus grognent moins, ils se concertent, travaillent leurs dossiers, écoutent, médient (et non pas médisent), réunissent les partenaires sociaux. Cependant, des remous peuvent aussi se produire, à l’assemblée par exemple. On voit ainsi de temps en temps apparaître la « grogne des députés », comme dans ce titre d’une chronique d’Alain Duhamel. On a sans peine l’image : l’assemblé nationale transformée en masse de pourceaux par une Circé dissimulée en Marianne à l’aide d’une herbe puissamment anti-gouvernementale. Par bonheur, Nicolas Sarkozy, immunisé contre cette magie, les sauvera de leur triste sort.

La question qui vient naturellement est celle-ci : le peuple n’est-il pas une grande épine dans le pied du politique, et à travers lui du progrès et des réformes nécessaires, de la raison, du pragmatisme, et des adaptations urgentes à tout ce qui change ? Les deux axes du mouvement social et politique seraient alors d’un côté un peuple archaïque, grognard et inconséquent, et de l’autre une politique de gestion, dont on sait que la seule force de proposition est l’adaptation « aux changements inéluctables de notre société » (Habermas montre, dans son livre « La technique et la science comme idéologie » que la politique prend « une forme consistant à opérer techniquement sur des processus objectivés », en d’autres termes, à gérer technocratiquement).

En entreprise, cette représentation est similaire : le manager, qui agit rationnellement, selon les informations globales et le savoir-faire gestionnaire dont il dispose, est celui qui saura toujours mettre en place les adaptations bénéfiques. Les employés, que leur rôle de production maintient à une place bien délimitée, doivent faire preuve de souplesse, de flexibilité, pour leur propre bien et celui de l’entreprise. Ils ne savent pas juger de ce qui est bien pour elle. Malheureusement, les élus comme les managers, tous nous conduisant rationnellement vers le progès social apaisé sous perfusion, doivent se heurter à une tendance humaine qui nous plonge dans le chaos : la résistance au changement. Ah ! si les chercheurs pouvaient trouver la zone du cerveau qui produit la résistance au changement, son ablation deviendrait aussi nécessaire qu’un vaccin… jusqu’à ce qu’ils soient obligés d’arrêter le traitement, comme pour le vaccin DTPolio, retiré temporairement de la vente ce mois à cause d’une « recrudescence de réactions allergiques ». Nous espérons de notre côté que la virulence du déni de démocratie provoque plus de réactions allergiques.

Mais ne soyons pas pessimistes. La grogne n’est pas toujours du côté des irresponsables, elle n’est pas non plus un terme nouveau, comme nous l’avons déjà vu avec De Gaulle. Pour preuve, ce document précieux : deux minutes d’un sujet de Soir 3 du 8 janvier 1987, intitulé la « grogne des usagers ». Cette fois, ce ne sont pas les empêcheurs de faire tourner la république qui grognent, mais bien les usagers, qui décident, encadrés par le RPR et l’UDF, de manifester contre les grévistes. Appréciez comment si peu de choses – et de gens – ont changé, notamment sur la fin du reportage, lorsque Patrick Devedjian affirme que les grévistes « veulent faire couler la relance économique ».

Jürgen Habermas – La technique et la science comme « idéologie », Collection Tel, Gallimard, 1990

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Après avoir reçu Christophe DEJOURS et Corinne MAIER sur le sujet du TRAVAIL en entreprise (vous trouverez les portraits des invités et les résumés des sujets sur notre site www.cafedebat-autrementdit.fr), c’est ANTOINE DARIMA,  ex-jeune cadre d’entreprise, qui viendra nous parler avec  HUMOUR des nouvelles méthodes de management vues de l’intérieur de l’entreprise. Car depuis son bureau de cadre technique il a tout vu: la valse des projets, les carrières qui éclosent, celles qui fanent, les grandes stratégies, les vagues de licenciements… Il a eu l’opportunité de décrypter les ressorts réels d’un management dont il livre les recettes dans son essai caustique: ” GUIDE PRATIQUE POUR RÉUSSIR SA CARRIÈRE DANS L’ENTREPRISE avec tout le mépris et la cruauté que cette tâche requiert. “
Si vous suivez ces méthodes vous deviendrez un manager heureux. Si vous savez jouer sur la rivalité, la peur du chômage, la servitude volontaire (chère à LA BOETIE) de vos subordonnés, alors vous deviendrez ce nouvel héros de notre époque, un manager dynamique. Pour tous les autres cette rencontre promet une lucidité accrue sur les JEUX et les ENJEUX du monde du travail.

AUTREMENT DIT, un café  pour débattre, animé par Britt et Christian,

au 1er étage du CAFE  DE  LA MAIRIE 8, Place Saint Sulpice, Paris 6è, métro St. Sulpice.

Sujet du Jeudi 26 Juin 2008 à 20H00

LE BONHEUR DANS L’ENTREPRISE – A QUEL PRIX ?

LE MANAGER EST-IL LE NOUVEL HEROS ?


Notre invité: ANTOINE DARIMA ex-cadre d ‘entreprise, auteur de « GUIDE PRATIQUE POUR REUSSIR EN ENTREPRISE, avec tout le mépris et la cruauté que cette tâche requiert » éditions ZONES


Vous avez la passion de comprendre votre époque ?
Vous ne vous contentez ni du prêt-à-penser télévisuel ni des lieux communs ?
Alors venez interroger le temps présent avec nous et nos invités : auteurs-penseurs qui bousculent les idées convenues et dynamisent le débat dans la cité.
Nous comptons sur votre participation “interactive”.
Cordialement
Britt et Christian

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On parle d’asentéisme ces derniers jours, absentéisme scolaire, à la suite de polémiques sur les fiches de la « base élèves » (sur lesquelles on comptait faire figurer les données d’absentéisme), absentéisme aussi des parlementaires, deux catégories de personnes qu’on pensait pourtant éloignées l’une de l’autre, au deux extrémités du chemin d’apprentissage de la socialisation.

L’absentéisme est avant tout une forte préoccupation des employeurs. L’antienne bien connue est son coût pour les entreprises. Heureusement celles-ci peuvent depuis quelques années bénéficier des services d’un groupe européen de « services RH » nommé Securex, spécialisé dans les services de « management global du présentéisme », entendez des formations inter ou intra-entreprises pour aider les entreprises à gérer leurs problèmes d’absentéisme, et principalement les contre-visites médicales : pour le compte des entreprises clientes, elles rémunèrent à l’acte des médecins généralistes qui se déplacent au domicile de salariés en congé maladie, pour déterminer si ceux-ci sont réellement souffrants. Les services de Securex sont proposés au adhérents de plusieurs sections régionales du Medef, qui ont signé des accords de partenariat avec la société de services.

Peut-être êtes-vous en train comme moi de vous imaginer les subterfuges que vous pourriez mettre en place pour réeellement avoir l’air malade au passage du mouchard, pardon, du « médecin contrôleur ».
Il existe quelques moyens bien connus des étudiants : se gaver de glace dans un temps très court, sucer une pièce de monnaie si on vous prend la température à la bouche (il paraît que cela fait monter la température d’un ou deux degrés). Certains vont même jusqu’à la consommation volontaire de produits périmés, ce qui semble plutôt à déconseiller. La meilleure solution reste bien sûr le simple talent d’acteur.

Pour autant, il n’est peut-être pas utile d’aller dans les extrêmes, comme dans le cas de cette travailleuse sociale de l’état de Washington qui, comme nous l’a appris en mai l’agence de presse américaine Associated Press, a simulé un cancer du cerveau, en présentant de faux certificats médicaux, pour éviter d’aller au travail.

L’absentéisme s’oppose au présentéisme, qui lui-même se complète du surprésentéisme, c’est-à-dire les heures supplémentaires, valorisées aujourd’hui comme on le sait. Bien souvent, l’entreprise ne cherche pas le présentéisme, mais le surprésentéisme. Le jeu social de l’entreprise, fait de reconnaissance et de récompenses symboliques, y poussent certains. Dans les années 80 et 90, on était parfois enthousiaste à rester tard : on croyait à l’entreprise, on voulait participer à ce mouvement collectif. Les licenciements massifs ont fait comprendre aux salariés que la reconnaissance de leur travail était très relative. Cela en a démotivé certains. Cette période a vu aussi – était-ce en réaction à cette démotivation ? – une augmentation de l’hypocrisie managériale, qui travestit de plus en plus des méthodes de contrôle supposées rationnelles en moyens de concorde sociale et d’épanouissement des individus. Coincés dans les rets de ce discours paradoxal, les salariés ne savent maintenant plus pourquoi ils font des heures supplémentaires. Un mélange de peur du chômage, de besoin de reconnaissance (comme dans ces couples où un partenaire accorde de plus en plus de concessions en pensant que cela va réveiller l’attention de l’autre, ne faisant qu’aggraver le problème), et de sentiment de n’avoir simplement pas le choix : le volume de travail n’est pas réalisable dans le cadre des horaires de bureau. C’était d’ailleurs ma définition du mot planning dans une entrée de blog : « Méthode pour officialiser le déplacement de sa surcharge de travail hors de ses horaires de bureau ».

Dans ce contexte, se faire porter pâle, cultiver soigneusement un absentéisme de bon aloi, n’est-il pas un moyen de retrouver sa santé mentale, de reprendre du contrôle sur sa vie, une voie d’épanouissement ? Cela devrait satisfaire les entreprises, qui veulent le bien de leurs employés. Que l’absentéisme ne soit pas confondu avec l’absenthéisme, ce mot-valise inventé par Alain Créhange, l’auteur de « Le pornithorynque est un salopard » aux éditions Mille et une nuits : « Doctrine religieuse qui affirme que Dieu existe, mais qu’il n’est pas là en ce moment. »
Pour participer à ce mouvement d’épanouissement, je collecte les astuces pour éviter de travailler, que ce soit pour ne pas aller au bureau, ou pour y paresser. N’hésitez pas à partager les vôtres en commentaire. Il y en a une excellente que je veux vous faire partager aujourd’hui. on peut l’appeler la technique du jour de maladie.

La technique du jour de maladie

Le début est classique : au matin, appeler le bureau, prenez une voie d’outre-tombe et annoncez que vous êtes intransportable (la gastro-entérite est très à la mode depuis quelques années). Assurez à votre responsable que, compte tenu de l’importance des projets actuels, si vous pouviez venir, vous le feriez.

Ensuite, prenez votre demi-journée de repos, et après le déjeuner, rendez-vous à votre travail. Jouez le malade, prenez avec vous, ostensiblement, des boîtes de médicaments, et expliquez à votre manager que vous vous sentez légèrement mieux, et que vous êtes venu pour avancer sur vos projets. Ainsi, au lieu de passer pour un simulateur, vous serez au contraire considéré comme un employé modèle. Vous aurez pris une demi-journée de congé, vous pourrez travailler l’après-midi à un rythme ralenti, et pour tout cela, vous serez bien vu. Cette technique n’a que des avantages, sauf un seul inconvénient : elle ne peut pas être utilisée souvent.

Et vous, que faites-vous pour éviter de travailler ?

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