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miracle day

Depuis quelque temps, on le sait, les productions de cinéma américaines, malaxant des sommes un peu trop folles, ne ne permettent plus que rarement l’éclosion de films intéressants. La surenchère de moyens amène à réaliser des objets convenus de peur de ne pas attirer les spectateurs. Celui qui veut s’exprimer par le moyen du cinéma, et qui cherche à raconter une histoire, se tourne de plus en plus vers la télévision et la série, qui est par nature plus orientée vers l’écriture et la narration et qui permet aussi , par son format en feuilleton, de développer sur le long terme (quand tout va bien), l’histoire et les personnages.

Pour des raisons de formation, de talent, d’ambition, la série télévisée américaine domine. Des chaînes comme HBO produisent de l’excellence, et des séries comme The Game of Thrones, sont impressionnantes. Ca, tout le monde le sait, tout le monde maintenant suit les séries, tout le monde s’est enthousiamé pour au moins une production, que ce soit Fringe, Rome, Mad Men, les Sopranos, Six Feet Under, etc. Et les blogs comme Le Monde des Séries nous permettent de suivre l’actualité et de découvrir de nouveaux plaisirs.

Ces dernières années, quelques séries m’ont passionnées, et je reviendrai sur le sujet. j’ai envie de parler de Terminator, the Sarah Connor Chronicles, ou de Day Break par exemple, pour celles que tout le monde ne connaît pas. Evidemment on peut parler de Battelstar Galactica, mais j’imagine que peu de gens l’ont manqué. Ceci en restant dans le domaine de la science-fiction, qui d’aborder des tensions internes avec beaucoup de force.

Il y a une chose intéressante : la domination américaine, qu’on pourrait percevoir comme une fatalité, n’en n’est pas une, car des séries de très bon niveau sont produites aussi en Grande Bretagne (et peut-être en Corée, je n’ai rien vu de leur productions, peut-être que dans la masse… L’Australie et l’Afrique du sud font parfois aussi des choses intéressantes). Les britanniques ont une grand inventivité, peut-être parce qu’il ont une histoire continue du genre, on se souvient de The Avengers, un goût pour le fantastique et une belle imagination. Cela a donné dernièrement des séries comme Life on Mars, Ashes to Ashes, skins ou Being Human qui ont souvent été reprises en remake au US. Primeval en est aussi une que je suis avec plaisir. Il y a des hauts et des bas, mais comme souvent, avec le temps (avec les saisons, pour jouer sur les mots) l’écriture s’affine, joue un peu mieux des relations entre les personnages, profite du fait que le spectateur les connait mieux, et peut avoir envie d’explorer les potentialités du sujet. La dernière saison de Primeval, sans être parfait, était distrayante.

Venons-en enfin à mon sujet. On sait que la plus longue série de science-fiction de l’histoire de la télé est britannique : Doctor Who. C’est une institution en Angleterre un peu comme Star Trek aux US. Elle a connu des interruptions, parfois longues, les acteurs jouant le docteur ont changé de multiples fois, puis en 2003, la BBC décide de reprendre la série, pour en faire en quelque sorte une deuxième version, avec, comme showrunner, notamment Russell T Davies, connu pour ses séries traitant de l’homosexualité, comme Queer as Folk. En 2005, aux premières diffusions du noveau Doctor Who, Davies lance aussi un spin-off, nommé Torchwood, qui met en scène un « collègue » du docteur, immortel et venant du futur, dirigeant la branche galloise (!) de l’institut Torchwood, dont la mission est de lutter contre les ennemis extraterrestres de l’empire britannique (on retrouve la fantaisie anglaise). J’avais vu le pilote, je n’étais pas allé plus loin. Dernièrement, en parcourant les blogs, j’ai vu plusieurs mentions de la dernière saison de Torchwood, coproduite avec une chaîne du cable américaine. Je m’y suis donc remis pour voir.

En aparté, on dirait  qu’un des avantages des productions de la BBC, c’est la plus grande souplesse dans la reprise d’une série abandonnée pour quelques années. Aux US, ça ne marche pratiquement jamais : les acteurs ne sont plus libres, les décors sont détruits, ça coûte trop cher … Il n’y a guère que des téléfilms ou mini-séries qui peuvent se faire un peu plus tard. Je pense notamment à Farscape. Torchwood a subi plusieurs années d’arrêt, pour reprendre avec une saison 3 de cinq épisodes qui semble-t-il ont bien marché, puis une quatrième saison avec plus de moyens, donc.

Les saisons 3 et 4 sont thématiques, elle tournent autour d’un danger spécifique, dans une construction en forme de feuilleton, où il est bon de voir tous les épisodes. Les bloggeurs disent grand bien de la saison 3 (children of earth) qu’il me reste à voir. Je viens d’abattre la saison 4 : miracle day.

L’idée de base est bonne et inventive, comme je les aime : plus personne ne meurt sur la terre. La série s’américanisme par la coproduction. La plupart du tournage s’est déroulé à Los Angeles, avec un mélange d’acteurs britanniques et américains, et l’équipe de scénariste intègre des routiers comme Jane Esperson (Buffy) et John Shiban (X-files, Smallville, Breaking Bad, …). L’écriture est donc d’assez bonne qualité. Assez bonne parce que ça dépend vraiment des épisodes et des moments. La base est de la science-fiction et de l’action, parfois un peu naïve, les acteurs en font souvent un peu trop, et il y a de trop longues scènes un peu gnangnan qui allongent le temps. Mais le tout se laisse quand même bien regarder. Davies y intègre quelques scènes d’amour homosexuelles, il approfondit aussi le personnage principal de Torchwood (joué par John Barrowman). Mais un des grands intérêts de la série réside dans le propos politique virulent, de plus en plus vif, (particulièrement présent, ai-je trouvé, dans le quatrième épisode, écrit par Jim Gray et John Shiban, qui est pour moi le meilleur). Comme personne ne meurt plus, que faire des corps inconscients ? Les décisions politiques prennent des dimensions de plus en plus odieuses, arbitraires et totalitaires, et les médecins « obéissent aux ordres ». Il y a aussi une inventivité morbide dans ces enchaînements : une membre du tea party prone le slogan « dead is dead », les gouvernements mondiaux se mettent d’accord sur la création d’ « overflow camps », on classe les malades en catégories. La catégorie 1 est celle des inconscients qu’il faut ranger et qu’il est inutile de continuer à soigner. Une catégorie 0 est créée pour un condamné à mort : il devra être brûlé vif.

La série a des défauts, mais elle est très regardable, et j’ai achevé le tout en quelques jours.

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