15 juin
Comment lutter contre le présentéisme
On parle d’asentéisme ces derniers jours, absentéisme scolaire, à la suite de polémiques sur les fiches de la « base élèves » (sur lesquelles on comptait faire figurer les données d’absentéisme), absentéisme aussi des parlementaires, deux catégories de personnes qu’on pensait pourtant éloignées l’une de l’autre, au deux extrémités du chemin d’apprentissage de la socialisation.
L’absentéisme est avant tout une forte préoccupation des employeurs. L’antienne bien connue est son coût pour les entreprises. Heureusement celles-ci peuvent depuis quelques années bénéficier des services d’un groupe européen de « services RH » nommé Securex, spécialisé dans les services de « management global du présentéisme », entendez des formations inter ou intra-entreprises pour aider les entreprises à gérer leurs problèmes d’absentéisme, et principalement les contre-visites médicales : pour le compte des entreprises clientes, elles rémunèrent à l’acte des médecins généralistes qui se déplacent au domicile de salariés en congé maladie, pour déterminer si ceux-ci sont réellement souffrants. Les services de Securex sont proposés au adhérents de plusieurs sections régionales du Medef, qui ont signé des accords de partenariat avec la société de services.
Peut-être êtes-vous en train comme moi de vous imaginer les subterfuges que vous pourriez mettre en place pour réeellement avoir l’air malade au passage du mouchard, pardon, du « médecin contrôleur ».
Il existe quelques moyens bien connus des étudiants : se gaver de glace dans un temps très court, sucer une pièce de monnaie si on vous prend la température à la bouche (il paraît que cela fait monter la température d’un ou deux degrés). Certains vont même jusqu’à la consommation volontaire de produits périmés, ce qui semble plutôt à déconseiller. La meilleure solution reste bien sûr le simple talent d’acteur.
Pour autant, il n’est peut-être pas utile d’aller dans les extrêmes, comme dans le cas de cette travailleuse sociale de l’état de Washington qui, comme nous l’a appris en mai l’agence de presse américaine Associated Press, a simulé un cancer du cerveau, en présentant de faux certificats médicaux, pour éviter d’aller au travail.
L’absentéisme s’oppose au présentéisme, qui lui-même se complète du surprésentéisme, c’est-à-dire les heures supplémentaires, valorisées aujourd’hui comme on le sait. Bien souvent, l’entreprise ne cherche pas le présentéisme, mais le surprésentéisme. Le jeu social de l’entreprise, fait de reconnaissance et de récompenses symboliques, y poussent certains. Dans les années 80 et 90, on était parfois enthousiaste à rester tard : on croyait à l’entreprise, on voulait participer à ce mouvement collectif. Les licenciements massifs ont fait comprendre aux salariés que la reconnaissance de leur travail était très relative. Cela en a démotivé certains. Cette période a vu aussi – était-ce en réaction à cette démotivation ? – une augmentation de l’hypocrisie managériale, qui travestit de plus en plus des méthodes de contrôle supposées rationnelles en moyens de concorde sociale et d’épanouissement des individus. Coincés dans les rets de ce discours paradoxal, les salariés ne savent maintenant plus pourquoi ils font des heures supplémentaires. Un mélange de peur du chômage, de besoin de reconnaissance (comme dans ces couples où un partenaire accorde de plus en plus de concessions en pensant que cela va réveiller l’attention de l’autre, ne faisant qu’aggraver le problème), et de sentiment de n’avoir simplement pas le choix : le volume de travail n’est pas réalisable dans le cadre des horaires de bureau. C’était d’ailleurs ma définition du mot planning dans une entrée de blog : « Méthode pour officialiser le déplacement de sa surcharge de travail hors de ses horaires de bureau ».
Dans ce contexte, se faire porter pâle, cultiver soigneusement un absentéisme de bon aloi, n’est-il pas un moyen de retrouver sa santé mentale, de reprendre du contrôle sur sa vie, une voie d’épanouissement ? Cela devrait satisfaire les entreprises, qui veulent le bien de leurs employés. Que l’absentéisme ne soit pas confondu avec l’absenthéisme, ce mot-valise inventé par Alain Créhange, l’auteur de « Le pornithorynque est un salopard » aux éditions Mille et une nuits : « Doctrine religieuse qui affirme que Dieu existe, mais qu’il n’est pas là en ce moment. »
Pour participer à ce mouvement d’épanouissement, je collecte les astuces pour éviter de travailler, que ce soit pour ne pas aller au bureau, ou pour y paresser. N’hésitez pas à partager les vôtres en commentaire. Il y en a une excellente que je veux vous faire partager aujourd’hui. on peut l’appeler la technique du jour de maladie.
La technique du jour de maladie
Le début est classique : au matin, appeler le bureau, prenez une voie d’outre-tombe et annoncez que vous êtes intransportable (la gastro-entérite est très à la mode depuis quelques années). Assurez à votre responsable que, compte tenu de l’importance des projets actuels, si vous pouviez venir, vous le feriez.
Ensuite, prenez votre demi-journée de repos, et après le déjeuner, rendez-vous à votre travail. Jouez le malade, prenez avec vous, ostensiblement, des boîtes de médicaments, et expliquez à votre manager que vous vous sentez légèrement mieux, et que vous êtes venu pour avancer sur vos projets. Ainsi, au lieu de passer pour un simulateur, vous serez au contraire considéré comme un employé modèle. Vous aurez pris une demi-journée de congé, vous pourrez travailler l’après-midi à un rythme ralenti, et pour tout cela, vous serez bien vu. Cette technique n’a que des avantages, sauf un seul inconvénient : elle ne peut pas être utilisée souvent.
Et vous, que faites-vous pour éviter de travailler ?
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20 octobre 2009 à 16:35
Dans le même esprit que cette belle astuce, il y a également la surestimation d’une tache en termes de volume. Si vous pensez pouvoir réaliser une tache en 1 h, appliquer le coefficient suivant : vous multipliez par deux fois et demi, ce que j’appelle le « coefficient de merde imprévue », (le CMI) ; ce coefficient correspond au temps réel que cela vous prendra, nous avons toujours tendance à sous-estimer une tache.
Pourquoi ? Multiples raisons : soit pour se faire bien voir de sa hiérarchie – alors même que celle-ci ne mettant jamais les mains dans le cambouis, elle n’a aucune idée de volume horaire sur cette tâche- sinon elle ne serait pas dans la hiérarchie, mais au niveau opérationnel, comme vous
, soit pour confirmer l’image que vous avez de vous-même comme étant rapide, efficace (vous faites reposer votre valeur personnelle sur votre valeur professionnelle, très risqué, et nous vous invitons à suivre une bonne psychothérapie pour prendre conscience de votre place familiale, première structure aliénante, dont l’entreprise est un digne successeur, qui aura forgé la perception que vous avez de vous même).
Reprenons nos calculs : ce volume horaire global (votre estimation spontanée * 2,5), multipliez-le par 2 : c’est le temps que vous devez annoncer à votre hiérarchie, pour avoir le temps de finir non seulement dans les délais en prévoyant les merdes inévitables, et de vous accorder un temps de vie bien mérité (pause Facebook, discussions café, compositions infographiques pour votre book perso…achat de cadeaux de Noël, cartes de voeux, etc.). Si vous vous sentez en forme, n’hésitez pas à rendre des comptes 1 journée plus tôt que prévu, ce qui aura selon le même principe décrit par Antoine ci-dessus, le paradoxal effet de dorer votre blason.
Attention, bien entendu il ne faut réserver ce traitement arithmétique qu’aux taches nébuleuses dont vous seul-e avez la maitrise, n’hésitez d’ailleurs pas à faire appel à un pseudo-lexique technico-compliqué pour plus de crédibilité) sinon vous passerez pour un escroc, un flemmard ou un pingouin (voire les 3 réunis, ce qui n’est pas bon pour votre ascension personnelle).
Exemple concrêt :
Votre manager : il faut qu’on lance une nouvelle newsletter sur ce produit!
Votre « ancien moi » – qui n’a pas lu « Comment réussir en entreprise… », pense : pas de souci, j’ai déjà la base de fichiers clients, le texte à récupérer du service marketing et hop, en 1/2 journée c’est plié ». Il dirait : « OK, pas de souci, ça sera fait vendredi » (ne jamais donner pour date les vendredis, vous préparez votre WE).
Votre « nouveau moi », ne répond pas tout de suite, regarde son agenda : « Alors ça va être très compliqué cette semaine (froncez les sourcils ; n’oubliez pas que votre désirabilité professionnelle est liée à une intense activité feinte). -Alors au plus tôt, et en déléguant les états financiers à Bertrand (profitez en pour refiler une tache qui vous gonfle, en la faisant paraitre comme incompatible avec votre nouvelle mission), je peux le faire mardi prochain (jamais le lundi, trop déprimant pour commencer quelquechose de nouveau), par contre ça va me prendre 4 jours (vous estimez une demi-journée, ça vous prendra donc 1 jour entier et 2 h le lendemain, soit au total 2,5 jours d’indisponibilité). Je vous confirme ça si Bertrand me confirme que c’est OK pour lui de sortir les états (vous mettez ainsi votre manager dans la mauvaise position et sauvez vos fesses).
NB-Si on vous fait une remarque sur ce volume horaire, dites sans hésiter sur un air entendu qu’il faudrait faire une étude de cout pour comparer la tache avec un éventuel outsourcing (épelez presque ce mot comme si vous parliez à votre grand-mère), ça tombe bien, vous aviez prévu de faire un « benchmarking de couts » au 1er trimestre 2010. C’est un excellent moyen de botter en touche en vous faisant passer pour attentif aux couts, anticipatif et organisé, et très occupé (jusqu’au 1er trimestre 2010).