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Le travail d’équipe

Les études de management nous mettent souvent aux prises avec le travail de groupe. C’est même une lubie salutaire , nous dit-on, car cela nous prépare aux habitudes du travail en entreprise. D’ailleurs, ce travail collectif se termine, généralement, par une présentation en classe, devant ses pairs. Le temps est donc à la parole, c’est-à-dire à la production de (non-)sens.

Vous me diriez, sans doute, que le principal défi du travail en équipe, c’est l’organisation et la répartition des tâches. Erreur: ce défi, c’est de prendre la décision de commencer le travail. C’est justement grâce à cela que nous trouverons le moyen de faire apparaître notre ignorance comme une force, notre négligence comme de la prévention et notre impréparation pour un dur labeur.

En effet, l’intelligence collective c’est - parfois, voire souvent - l’alignement de toutes les intelligences individuelles sur la plus petite intelligence individuelle du groupe (c’est l’un des paradigmes de la propagande). La tranmission et l’assimilation d’information entre les membres de l’équipe devient similaire à un produit sur une chaîne de montage. Prenons l’exemple d’une bouteille de lait dans un processus séquentiel: si l’équipe qui est en amont produit plus de bouteilles de lait que l’équipe suivante ne produit de bouchons, la vitesse de la chaîne sera exactement celle de l’équipe la plus lente, c’est-à-dire inférieure à la moyenne du rendement de toutes les équipes.

Revenons donc au travail de groupe : quel sujet traiter et comment? Une seule personne (sur cinq) s’est donnée la peine de faire un petit recensement de la littérature scientifique publiée sur le thème imposé par le professeur. Les quatre autres viennent les mains dans les poches et les neurones déconnectés, leurs carnets et leurs stylos bien en évidence, cependant, sur la table de réunion.

Comme dans l’entreprise, ce genre de situation réclame un leader plus qu’une idée géniale. Quelqu’un doit prendre la parole, produire un sens, une direction, inciter les autres membres à le suivre et, enfin, ce leader doit recueillir tout le mérite du travail accompli (alors que la seule personne à avoir fait quelque chose, rappelons le, c’est ce membre de l’équipe qui a apporté les résumés de textes).

La production de sens est une mission relativement aisée. Il faut sélectionner quelques textes parmi le large éventail de la littérature disponible. En se fiant aux titres et aux deux premières lignes de chaque résumé, l’on peut parvenir à sélectionner un sujet et à poser une question directrice. Les collègues, à ce point là, commencent par être surpuris, impressionés, soulagés mais ils demeurent sourcilleux: n’est pas leader qui veut, et d’ailleurs, ce n’est pas parce qu’on a pas de meilleure idée que celle proposée qu’on doit se taire!

Le sens produit, il reste à convaincre son auditoire de sa véracité c’est-à-dire de répondre favorablement à la question suivante: est-ce qu’aborder le thème sous cet aspect aidera à nous en tirer à bon compte et au moindre effort? Le “leader” autoproclamé est-il vraiment capable de produire un sens qui fera sens pour l’évaluateur, le professeur? Enfin, et last et least tout à la fois, comment faire le travail?

Convaincre de la nécessité de son leadership. Répéter deux fois, trois, quatre fois la proposition initiale reformulée à chaque fois pour satisfaire tel collègue car il faut répondre aux questions redondantes qui nous sont posées (quatre collègues = quatre fois la même question, formulée différemment, donc quatre fois la même réponse, formulée différemment).

Convaincre que le sujet posé est le bon. Ne surtout pas relever que personne n’a d’autre idée à proposer.  De ce fait, tout le monde est déjà convaincu, ne serait-ce que pour ne pas avoir à réfléchir à une alternative. Au besoin, faire preuvre de leadership et répéter l’étape précédente.

Convaincre que le professeur récompensera ce choix. Faire le lien entre le sujet et les termes de l’exercice tels que posés par le professeur, réinterpréter l’énoncé dans le sens de ses intérêts propres. En dernier lieu, le professeur lui-même sera convaincu par ces étudiants débrouillards qui font parler son propre énoncé et abordent la matière sous un angle différent, alternatif, original.

Bien sûr, au bout du compte, il faut tout de même produire un rapport qui soit cohérent et pertinent eu égard au sujet retenu. Attention : votre potentiel d’ncompétence  est limité car il est exactement proportionnel à votre capacité d’influence, laquelle est relativement limitée pour un étudiant.

!!! Pour aller un peu plus loin: Élargissez votre potentiel d’incompétence.

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