9 mai
L’art de ramper
L’ “Essai sur l’art de ramper à l’usage des courtisans” est un petit texte tiré des manuscrits du Baron d’Holbach, qui s’est retrouvé dans la correspondance de Grimm et Diderot. Encore une pièce à verser au dossier des textes fondateurs du “métier” de manager. Le texte est disponible en ligne sur le site des Classiques des Sciences Sociales. Inspirez-vous de la description du courtisan que donne le baron, pour perfectionner votre identité de manager. Par exemple :
Il faut avouer qu’un animal si étrange est difficile à définir ; loin d’être connu des autres, il peut à peine se connaître lui-même ; cependant il paraît que, tout bien considéré, on peut le ranger dans la classe des hommes, avec cette différence néanmoins que les hommes ordinaires n’ont qu’une âme, au lieu que l’homme de Cour paraît sensiblement en avoir plusieurs. En effet, un courtisan est tantôt insolent et tantôt bas ; tantôt l’avarice la plus sordide et de l’avidité la plus insatiable, tantôt de la plus extrême prodigalité, tantôt de l’audace la plus décidée, tantôt de la plus honteuse lâcheté, tantôt de l’arrogance la plus impertinente, et tantôt de la politesse la plus étudiée ; en un mot c’est un Protée, un Janus, ou plutôt un Dieu de l’Inde qu’on représente avec sept faces différentes.
Que du bon conseil ! Soyez insaisissable !
Si vous ne connaissez pas le site des Classiques de Sciences sociales, il est incontournable : des milliers de textes sont disponibles au téléchargement, et pas des moindres : œuvres de Marx, Alain, John Stuart Mill, Ricardo, Bainville, etc. pour les premiers qui me viennent à l’esprit.
De même, le baron d’Holbach est un personnage qui vaut le détour. Philosophe et savant du XVIIIe siècle, il n’avait pas la langue dans sa culotte. Très légèrement athée et imperceptiblement anti-curé, il est aussi l’auteur d’une Théologie portative, dont voici, pour mettre l’eau à la bouche, l’entrée “apôtres” :
Apôtres
Ce sont douze gredins fort ignorants, et gueux comme des rats d’église, qui composaient la cour du fils de Dieu sur la terre, et qu’il chargea du soin d’instruire tout l’univers. Leurs successeurs ont fait depuis une fortune assez brillante, à l’aide de la théologie, que leurs devanciers, les apôtres, n’avaient point étudié. D’ailleurs le clergé, comme la noblesse, est fait pour acquérir plus de lustre à mesure qu il s’éloigne de sa première origine, ou qu’il ressemble moins à ses devanciers.
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