2 mai
L’esprit de l’escalier
En réécoutant les Matins de France Culture de hier, je comprends mieux, avec la distance, ce qui s’est passé en fin d’émission. L’exercice étant nouveau pour moi, j’ai été submergé par la discussion avec les chroniqueurs. Leurs longues interventions, qui comportaient chacunes plusieurs éléments sur lesquels je me disais, en les entendant, que j’avais des réactions à exprimer, m’ont pour ainsi dire noyé, et j’ai eu à la fin, de la peine à processer l’information et même suivre une conversation, qui entendue après coup, de l’extérieur, n’avait rien d’abscons. Classique de la situation dans laquelle on n’a aucun recul, et le trac n’aidant pas… Peut-être aussi en avait-on assez de m’entendre débiter des horreurs…
Toujours est-il que ce que disait Clémentine Autain, qui me paraissait difficile à comprendre sur place, est avec le recul parfaitement clair : son souci était de ne pas jeter l’action collective, la communauté de l’entreprise, avec l’eau du bain de la violence au travail.
Il est vrai que la question du pourquoi, pourquoi on travaille, est polémique, il est vrai, je m’en aperçois, que je mets beaucoup de moi-même dans cet écrit, ce qui fait de moi un sociologue anthropologue “amateur”, comme le disait Thomas Baumgartner. Je n’ai pas le souci de réfléchir au delà de l’engagement personnel, dans une structure globale de la société, c’est-à-dire pour faire exagérément simple, de trouver un modèle entre l’anarchie (tout le monde fait selon son bon vouloir) et le communisme (tout le monde s’adapte aux structures sociales). La dictature du prolétariat, c’est aussi la promesse d’une vie totalement organisée pour vous, et d’une activité prédéfinie selon les besoins de la communauté. Ma pensée ne va pas jusque là, et pour le sujet, elle n’a pas besoin sans doute, chacun faisant son choix (ce qui heureusement encore possible).
De ce point de vue, Alexandre Adler a eu parfaitement raison de comparer la situation actuelle avec la Russie soviétique. Dans les deux cas, quand la production réelle, les biens matériels utiles et concrets, sont dépassés par le discours, le vent et le bluff, toute la chaîne de production se vide de son sens, et les gens qui y évoluent y sont perdus comme des fantômes dans une ville abandonnée. Et pas seulement. Quelque soit le produit, quand les conditions de production s’éloignent de ce qui fait qu’un homme est un humain, nous sommes fantômes à nouveau. Je croyais que la finalité d’une société qui en vaut la peine était basée sur un idéal de civilisation, par sur le profit, le mépris et la destruction des ressources.
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3 mai 2008 à 7:10
J’ai écouté avec beaucoup d’intérêt votre interview sur France Culture, et j’ai trouvé que votre discours faisait preuve de subtilité et d’humour, ce qui n’est évidemment jamais le cas de celui des hommes et des femmes politiques, qui se résume à des discours publicitaires simplistes énoncés sérieusement, pour ne pas dire tristement, voire sur un ton menaçant. De ce point de vue, il n’y aucune différence entre le discours sur le travail de Clémentine Autain, censée être de gauche, et celui de Nicolas Sarkozy, à l’opposé du spectre politique. Tous deux font comme si le travail était une valeur positive que des forces obscures cherchaient à détruire, tandis que la réalité est tout autre, et que ceux qu’on aurait appelé jadis les prolétaires ne veulent qu’une chose, ne désirent qu’une chose, ne rêvent qu’à une chose : travailler pour gagner de l’argent et acquérir un statut social supérieur. Cette tendance de la nature humaine à vouloir se hisser au dessus des autres, souvent au prix des pires humiliations, ce désir de dominer les autres est le sentiment le plus partagé par la population et n’est pas du tout en danger, contrairement à ce que veulent nous faire croire les politiques. C’est pourquoi votre manière d’aborder les choses avec un certain non-sens britannique était très rafraichissant.