13 avr
Vous prendrez bien une heure supplémentaire ?
Ne demandez pas à l’entreprise ce qu’elle peut faire pour vous, demandez-vous ce que vous pouvez faire pour l’entreprise… N’est-ce pas le vrai sujet des heures supplémentaires ? Selon la ministre de l’économie, Christine Lagarde, le dispositif des heures supplémentaires destinées à augmenter le pouvoir d’achat « fonctionne » et à un « effet à la fois incitatif et rémunérateur ». (http://www.liberation.fr/actualite/politiques/320438.FR.php)
Évidemment, vous êtes comme moi, vous connaissez autour de vous beaucoup de gens qui font depuis longtemps des heures supplémentaires, dont le téléphone mobile – qu’il soit payé par l’entreprise ou que ce soit un numéro privé – est constamment à la merci d’un appel urgent d’un chef qui ne doute en rien du dévouement total de son équipe, ces cadres qui transportent en permanence la petite sacoche carrée de leur ordinateur portable, toujours prêts à profiter d’un trajet pour manipuler les chiffres de leur tableur ou corriger un rapport. L’omniprésence de l’emprise de l’entreprise sur leur vie a-t-elle un effet « incitatif et rémunérateur » ? Je n’ai encore rencontré personne qui soit mieux rémunéré de ses heures supplémentaires, et qui donc en soit autre chose que résigné. Ceux qui pratiquent à haute dose les heures supplémentaires le font parce qu’il s’agit d’un contrat moral entre eux et leur entreprise, contrat vicieux, implicite, faustien, qui met en jeu la chance qu’ont ces employés « privilégiés » d’avoir une activité intéressante, dans une entreprise novatrice, avec de réelles responsabilité. Ce que l’entreprise leur donne, ils doivent bien le payer en retour. Est-ce particulièrement incitatif ? Est-ce propre à augmenter leur estime d’eux-mêmes ? Selon le dossier « Stress au travail » de l’INRS (Institut National de Recherche et de Sécurité) « Environ 20 % des salariés européens estiment que leur santé est affectée par des problèmes de stress au travail, ce qui en fait l’un des principaux problèmes de santé au travail déclaré, derrière les maux de dos, les troubles musculosquelettiques et la fatigue (selon la dernière enquête de la Fondation européenne pour l’amélioration des conditions de travail). Le phénomène n’épargne plus aucun secteur d’activité. »… Incitatif ?
Ce dévouement pour l’entreprise n’est en rien rémunérateur. Je côtoie des cadres techniques évoluant dans les services informatiques de société de bonne taille. Les heures supplémentaires sont pour la plupart d’entre eux une forme d’obligation implicite dont ils se plaignent, mais dont ils ne voient aucun moyen de se soustraire. Ce sont des « extras » qui prennent la voie d’une augmentation régulière du temps de travail qui ne dit pas son nom. Très souvent cela ne leur apporte aucune forme de rémunération supplémentaire, ni d’ailleurs une gratitude particulière, tout juste, dans les cas exagérés (un système défaillant qui oblige à passer la nuit sur place, pour recommencer le lendemain matin), un jour de congé compensatoire, à prendre quand c’est possible.
Alors, lorsque la droite et la gauche discutent du coût des mesures, et s’affrontent à coup de déclarations de malhonnêteté, se rendent-elles compte qu’une fois de plus, elles habillent la réalité d’un beau costume de scène, à faire briller devant des employés qui en ont marre d’être pressurisés ?
Imprimer
