on trouve vraiment de tout ici

 
 

la semaine dernière, un oeil distrait porté aux infos des primaires socialistes m’a fait voir une séquence tournée dans un des QG de campagne de l’un ou de l’autre, au moment où allait être retransmis sur grand écran le débat entre François Hollande et Martine Aubry. Une militante disait : « il faut vraiment qu’ils abordent [je ne sais quel vrai sujet important], sinon, là, ils vont vraiment rater un rendez-vous avec les français. »

Et ça m’a frappé. Je pensais qu’il n’y avait que les journalistes et les politiques qui s’exprimaient avec ce genre de métaphores congelées, langue facile destinée à être débitée au kilomètre tout en donnant l’illusion d’un miroitement de sens. Mais non, il faut croire que ça déteint. Si les professionnels du blabla parlent comme ça, c’est sans doute ainsi qu’il faut s’exprimer pour avoir l’air sérieux, doit se dire le peloton. Il serait lucratif, sans doute, d’écrire un « parlez politique » en kit, pour les nuls, faites comme les grands, voire un générateur automatique d’éléments de langage, dans lequel on saisirait un sujet, et qui nous cracherait la réponse adaptée. Par exemple, tapez « vos réformes sont très impopulaires ! ». Lancement de l’algorithme, génération d’une proposition de réponse préliminaire suivie d’une phase de nettoyage à l’aide d’un détecteur de bourdes, d’un dictionnaire de synonymes et d’une moteur d’évitement de polémiques. Le programme renvoit sa proposition : « Je pense que les français seront redevables d’un gouvernement qui a eu le courage de mettre en oeuvre des réformes difficiles mais au combien nécessaires. »

N’oublions pas le logiciel de réduction du vocabulaire français, qui serait chargé d’effacer les mots inutiles et ne conserverait que « pragmatique », « flexible », « gouvernance », « bataille » et le reste des trois cents mots suffisant à faire un discours politique.

Automatisons tout ça, on gagnera du temps et de l’argent.

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miracle day

Depuis quelque temps, on le sait, les productions de cinéma américaines, malaxant des sommes un peu trop folles, ne ne permettent plus que rarement l’éclosion de films intéressants. La surenchère de moyens amène à réaliser des objets convenus de peur de ne pas attirer les spectateurs. Celui qui veut s’exprimer par le moyen du cinéma, et qui cherche à raconter une histoire, se tourne de plus en plus vers la télévision et la série, qui est par nature plus orientée vers l’écriture et la narration et qui permet aussi , par son format en feuilleton, de développer sur le long terme (quand tout va bien), l’histoire et les personnages.

Pour des raisons de formation, de talent, d’ambition, la série télévisée américaine domine. Des chaînes comme HBO produisent de l’excellence, et des séries comme The Game of Thrones, sont impressionnantes. Ca, tout le monde le sait, tout le monde maintenant suit les séries, tout le monde s’est enthousiamé pour au moins une production, que ce soit Fringe, Rome, Mad Men, les Sopranos, Six Feet Under, etc. Et les blogs comme Le Monde des Séries nous permettent de suivre l’actualité et de découvrir de nouveaux plaisirs.

Ces dernières années, quelques séries m’ont passionnées, et je reviendrai sur le sujet. j’ai envie de parler de Terminator, the Sarah Connor Chronicles, ou de Day Break par exemple, pour celles que tout le monde ne connaît pas. Evidemment on peut parler de Battelstar Galactica, mais j’imagine que peu de gens l’ont manqué. Ceci en restant dans le domaine de la science-fiction, qui d’aborder des tensions internes avec beaucoup de force.

Il y a une chose intéressante : la domination américaine, qu’on pourrait percevoir comme une fatalité, n’en n’est pas une, car des séries de très bon niveau sont produites aussi en Grande Bretagne (et peut-être en Corée, je n’ai rien vu de leur productions, peut-être que dans la masse… L’Australie et l’Afrique du sud font parfois aussi des choses intéressantes). Les britanniques ont une grand inventivité, peut-être parce qu’il ont une histoire continue du genre, on se souvient de The Avengers, un goût pour le fantastique et une belle imagination. Cela a donné dernièrement des séries comme Life on Mars, Ashes to Ashes, skins ou Being Human qui ont souvent été reprises en remake au US. Primeval en est aussi une que je suis avec plaisir. Il y a des hauts et des bas, mais comme souvent, avec le temps (avec les saisons, pour jouer sur les mots) l’écriture s’affine, joue un peu mieux des relations entre les personnages, profite du fait que le spectateur les connait mieux, et peut avoir envie d’explorer les potentialités du sujet. La dernière saison de Primeval, sans être parfait, était distrayante.

Venons-en enfin à mon sujet. On sait que la plus longue série de science-fiction de l’histoire de la télé est britannique : Doctor Who. C’est une institution en Angleterre un peu comme Star Trek aux US. Elle a connu des interruptions, parfois longues, les acteurs jouant le docteur ont changé de multiples fois, puis en 2003, la BBC décide de reprendre la série, pour en faire en quelque sorte une deuxième version, avec, comme showrunner, notamment Russell T Davies, connu pour ses séries traitant de l’homosexualité, comme Queer as Folk. En 2005, aux premières diffusions du noveau Doctor Who, Davies lance aussi un spin-off, nommé Torchwood, qui met en scène un « collègue » du docteur, immortel et venant du futur, dirigeant la branche galloise (!) de l’institut Torchwood, dont la mission est de lutter contre les ennemis extraterrestres de l’empire britannique (on retrouve la fantaisie anglaise). J’avais vu le pilote, je n’étais pas allé plus loin. Dernièrement, en parcourant les blogs, j’ai vu plusieurs mentions de la dernière saison de Torchwood, coproduite avec une chaîne du cable américaine. Je m’y suis donc remis pour voir.

En aparté, on dirait  qu’un des avantages des productions de la BBC, c’est la plus grande souplesse dans la reprise d’une série abandonnée pour quelques années. Aux US, ça ne marche pratiquement jamais : les acteurs ne sont plus libres, les décors sont détruits, ça coûte trop cher … Il n’y a guère que des téléfilms ou mini-séries qui peuvent se faire un peu plus tard. Je pense notamment à Farscape. Torchwood a subi plusieurs années d’arrêt, pour reprendre avec une saison 3 de cinq épisodes qui semble-t-il ont bien marché, puis une quatrième saison avec plus de moyens, donc.

Les saisons 3 et 4 sont thématiques, elle tournent autour d’un danger spécifique, dans une construction en forme de feuilleton, où il est bon de voir tous les épisodes. Les bloggeurs disent grand bien de la saison 3 (children of earth) qu’il me reste à voir. Je viens d’abattre la saison 4 : miracle day.

L’idée de base est bonne et inventive, comme je les aime : plus personne ne meurt sur la terre. La série s’américanisme par la coproduction. La plupart du tournage s’est déroulé à Los Angeles, avec un mélange d’acteurs britanniques et américains, et l’équipe de scénariste intègre des routiers comme Jane Esperson (Buffy) et John Shiban (X-files, Smallville, Breaking Bad, …). L’écriture est donc d’assez bonne qualité. Assez bonne parce que ça dépend vraiment des épisodes et des moments. La base est de la science-fiction et de l’action, parfois un peu naïve, les acteurs en font souvent un peu trop, et il y a de trop longues scènes un peu gnangnan qui allongent le temps. Mais le tout se laisse quand même bien regarder. Davies y intègre quelques scènes d’amour homosexuelles, il approfondit aussi le personnage principal de Torchwood (joué par John Barrowman). Mais un des grands intérêts de la série réside dans le propos politique virulent, de plus en plus vif, (particulièrement présent, ai-je trouvé, dans le quatrième épisode, écrit par Jim Gray et John Shiban, qui est pour moi le meilleur). Comme personne ne meurt plus, que faire des corps inconscients ? Les décisions politiques prennent des dimensions de plus en plus odieuses, arbitraires et totalitaires, et les médecins « obéissent aux ordres ». Il y a aussi une inventivité morbide dans ces enchaînements : une membre du tea party prone le slogan « dead is dead », les gouvernements mondiaux se mettent d’accord sur la création d’ « overflow camps », on classe les malades en catégories. La catégorie 1 est celle des inconscients qu’il faut ranger et qu’il est inutile de continuer à soigner. Une catégorie 0 est créée pour un condamné à mort : il devra être brûlé vif.

La série a des défauts, mais elle est très regardable, et j’ai achevé le tout en quelques jours.

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C’est la Paris Design Week (PDW, ça sonne pas bien en français, en anglais ça ressemble à un auteur de romans policiers). On m’y a traîné ce dimanche, au « off » de la cité de la mode et du design (tout ce que j’aime, j’ai du courage), quai d’Austerlitz.

J’en tire quelques remarques générales sur les designers :

  • un designer est quelqu’un qui a un Ipad et qui sait ce qu’est la résine ;
  • un designer doit expliquer son projet sur un petit papier à côté de celui-ci ;
  • les filles qui s’intéressent au design ont des jambes assez longues et plutôt belles ;
  • pas tous les designers aiment nous faire mal aux fesses, heureusement ;
  • les designers aiment les slogans ;
  • ils aiment aussi les « scénarios innovants » ;
  • les objets des designers sont garantis 7 ans.

à part ça, quelques belles réalisations de N°111 (notamment un joli lit pour ermites urbains), poolhouse, Xiral Segard (des lampes en béton sur lesquelles il ne vaut mieux pas se casser le pied), et des Editions Sous Etiquette. Soyons tolérants.

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L’information est publiée ces derniers jours dans les journaux. Apple emploie des fournisseurs chinois très polluants, selon un rapport d’ONG disponible ici en pdf. Vous pouvez y voir un certain nombre de photos, et une liste des victimes : cancer, etc.

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Une de mes principales compulsions, est la recherche d’information. Quand je pense à un sujet, je fais une recherche sur internet, qui me donne toujours plusieurs pages. Je les ouvre, je parcours, cela me mène vers d’autres pages. bientôt, j’ai cinquante onglets que je me promets de lire plus tard … Je ne sais pas vraiment comment guérir de cette affection chronique, mais j’ai trouvé aujourd’hui un outil qui va me permettre d’en faire encore plus. Cela s’appelle instapaper, un site web qui offre un service de stockage et de relecture. Vous y ajoutez des liens par copier-coller ou en utilisant un « bookmarklet » (un raccourci sur votre barre firefox / chromium / chome), qui vous permet de le faire d’un clic. Instapaper stocke le texte de la page, assez bien débarrassée des choses inutiles, dans des dossiers si vous le souhaitez, et vous permet de les lire tranquillement plus tard, sur votre ordi / tablette / téléphone (iphone mais vous trouvez des applications tierces pour android), ou sur une liseuse car il permet un export en EPUB.

Pour réviser et améliorer votre anglais, le site dictionary.com a créé une méthode de flashcards (comment on dit, en français ??) dynamique et sympathique : http://dynamo.dictionary.com/

 

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interview d’un médecin sur France Info, sur la mort brusque par arrêt cardiaque : « il faut faire le plus rapidement possible un massage cardiaque. C’est comme votre ordinateur : le coeur a buggé, il faut appuyer sur le bouton reset. »
J’ai appuyé sur le bouton « off » de la radio.

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pour un petit moment de franche rigolade, écoutez les spots radio :
http://www.budget.gouv.fr/dnlf/campagne-sensibilisation-lutte-contre-fraudes-2011

Malheureusement, les grands patrons n’écoutent pas la radio

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Voici des notes de lecture, résumant un petit texte de Freud, et quelques réflexions à ce sujet. Freud est un personnage traditionnellement controversé, les polémiques naissent régulièrement à son sujet. Ce que j’en pense n’a pas beaucoup d’intérêt, surtout en rapport à ma maigre connaissance du personnage. Cette lecture faisait surtout partie d’une recherche documentaire sur les rapports de la psychanalyse et de la religion. Elle est intéressante en soi, sans avoir besoin de se préoccuper plus largement de son auteur. Elle amène des idées, et trahit aussi une époque et une approche particulière de la société.

dans l’avenir d’une illusion, Freud écrit sur son idée de la présence religieuse, et de son avenir. J’hésite presque à en faire un résumé, car le texte étant court et vite lu, cela vaut la peine de le lire directement, d’autant plus que Freud est maintenant dans le domaine public, et qu’on le trouve aisément, par exemple sur le site des Classiques des Sciences Sociales.

En deux mots, l’homme est un sauvage. Il a besoin d’une structure sociale pour contenir ses instincts, et d’un rêve pour sublimer ses craintes, sa mortalité. La structure sociale moderne, la société capitaliste se fonde sur la satisfaction des instincts de bas niveau de la population, principalement l’envie et la cupidité. Cela rend le capitalisme très populaire, et probablement pérenne, car la société qui se met à dos sa population va plus ou moins vite à la catastrophe. Si on élabore sur l’idée de Freud, en rien novatrice, la coercition auparavant réalisée par des systèmes plus autocratiques est aujourd’hui bâtie non plus autour des intérêts (si on veut faire freudien, on dit « désirs ») des gouvernants que les masses sont forcées d’accepter, mais autour des intérêts, soigneusement orientés, des masses elles-mêmes. Le baton a été abandonné pour la carotte. La carotte a été améliorée, survitaminée, produite à la chaîne, elle est tactile, connectée à internet et s’améliore constamment. Refaisons un pas en arrière, je pars en roue libre.

Le rêve, c’est la religion. Une illusion qui reproduit la figure du père, protecteur et sauveur d’un côté, jaloux et moralisateur d’un autre, tout ce qu’il faut pour que l’homme se tienne tranquille, regardant avec crainte et espoir ce monde de l’eau-delà promis par le curé.

Dans l’avenir d’une illusion, Freud semble chercher son chemin, il va et vient, hésite et s’encourage, pour arriver quand même à sa conclusion limpide : la science est ce qui peut nous sauver de l’illusion de la religion. Si la religion est une illusion permettant à la société de conserver sa cohésion, la science est ce qui va permettre d’améliorer les conditions de cette cohésion, qui sera basée sur le développement mental, la connaissance de soi des individus, à la place du mensonge. L’humanité grandira dans le courage de se regarder en face.

L’optimiste des convaincus sonne toujours comme un auto-encouragement. Ils veulent un progrès, et cherchent à la placer quelque part. La science contre la religion. D’autres optimistes, quand la science est triomphante, cherchent un progrès dans la religion. C’est un mouvement de balancier perpétuel.
Ce qui pose problème, dans la science comme Freud nous la présente à la fin de son texte, c’est quelle ne fait envie qu’à lui.
A le lire, l’humanité ressemble à un bout de viande. s’en aperçevoir est, dans la pensée freudienne, les conditions de notre libération. la pensée romantique est un leurre, qui nous maintient à un piquet comme la corde y maintient un âne. L’âne ne sait pas comment défaire la corde. L’homme ne sait pas non plus, c’est presque hors de sa portée. Il faudrait pour cela supporter la crudité de la réalité. Ce serait la libération. Comme l’âne, libre, il pourrait aller où il veut, il n’appartiendrait plus à personne.
l’intangible, c’est du pipeau.

Pour freud, la psychologie est mécaniste, elle fait partie de l’homme-machine. Toute velléité de vouloir aller plus loin que cela est un piège, car elle fait entrer dans le domaine du fantasme, où l’homme se fait guider par ses désirs. C’est sa définition de l’illusion : une explication modelé sur des désirs, par opposition au résultat d’une observation et d’un raisonnement logique.
On n’invente pas la poudre en disant ça, c’est vieux comme le monde, et cette réflexion contrainte à se mécaniser elle-même est sèche, triste, sans grâce, avec et sans jeu de mots. Non pas qu’il faille s’abandonner à des fantasmes pour agrémenter son existence, mais il y a quelque chose d’inhumain dans le mécanisme (c’est d’ailleurs un peu sa définition).

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Les enfants attribuent aux adolescents, aux adultes et aux anciens, une forme de cohérence.

Les adolescents attribuent aux adultes et aux anciens, une forme de cohérence.

Les adultes attribuent aux anciens une forme de cohérence.

Les anciens voient leur mort arriver.

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Pour un écrit, je me documente sur les critiques que portent sur la religion les psychanalystes. Marie Balmary a écrit plusieurs livre sur ces frères ennemis. Il y en avait un à la bibliothèque, je le parcours.

un dessin « explicatif » de Lacan

Il s’agit de Le Moine et la Psychanalyste, chez Albin Michel en 2005. Je m’attendais à être noyé du jargon complaisant des psychanalystes hiératiques habituels, j’ai été agréablement surpris dès l’introduction par la simplicité et l’ouverture du propos. La tentative du livre est de présenter un rapport entre religion et psychanalyse par l’intermédiaire d’un récit, d’un dialogue, agrémenté de didascalies narratives cherchant à en diminuer la sécheresse. C’est une vieille tradition dans laquelle il y a toujours des choses à faire. Marie Balmary cherche la justesse, et elle la cherche directement, sans tautologies dissimulées derrière un rideau de technicité. La conviction à partir de laquelle se construit le propos, est celle de la parole qui trouve un endroit pour se libérer. Cet endroit est évidemment le cabinet (les thérapeutes prononcent souvent ce mot, avec une légère emphase). La religion est le lieu où cette parole est étouffée, parce que le dialogue n’y a aucune fonction. L’homme s’adapte au dogme et au « dieu obscur qui demande à l’homme le sacrifice de sa pensée, le renoncement à sa conscience ». C’est drôle parce que d’un point de vue externe, ce sont des reproches qu’on peut aussi faire à la psychanalyse, en tant que corporation. Celle de provoquer la coagulation d’une pratique, d’un dialogue, en dogme. Cette conversation que met en scène Marie Balmary est peut-être un jeu de miroir, dont on peut tirer des conclusions réciproques. Les systèmes sont étouffants, heureusement qu’ils sont parfois infiltrés par des personnes sensibles.

Je profite de parler de cette lecture pour ajouter des réflexions personnelles qui me suivent depuis quelque temps.

Il y a un passage intéressant de la Genèse qui donne une vision surprenante du rapport au dieu obscur. Lorsque Yahvé (YHWH, vous connaissez ?) annonce à Abraham qu’il va bombarder Sodome et Gomorrhe, ce dernier sermonne son dieu de la sorte :

Perdrez-vous le juste avec l’impie ? Et ne pardonnerez-vous pas plutôt à la ville à cause de cinquante juste, s’il s’en trouvait autant ? Non, sans doute, vous êtes bien éloigné d’agir de la sorte ; de perdre le juste avec l’impie, et de confondre les bons avec les méchants. Cette conduite ne vous convient en aucune sorte ; et jugeant comme vous faites, toute la terre, vous ne pourrez exercer un tel jugement 1

Étonnante objection d’Abraham, qui se montre plus sage, plus juste, plus modéré que Dieu, censé être l’intouchable perfection. Il y a là aussi dialogue, car Dieu finit par modifier son plan en épargnant Lot. On peut donc discuter avec lui, et même le convaincre. Mais peut-être faut-il pour cela s’appeler Abraham, ou avoir comme lui formé une alliance avec Dieu.

Ce dialogue me semble révéler une chose — qui est d’ailleurs trop évidente pour avoir besoin d’être révélée : religion et psychanalyse sont plus proches qu’éloignés, plus semblables qu’opposés. Tous deux, en tant que systèmes, se basent sur des figures fondatrices mythifiées, apportent une explication du monde — une ontologie, une cosmogonie, des règles de vie, des rituels, des dogmes, des inclusions et des expulsions. Tous deux ont tendance à se considérer comme détenant l’exclusivité de la vérité, et ils se reprochent l’un l’autre les mêmes choses, presque dans les mêmes termes.

Aujourd’hui même (13 août 2011), j’entendais sur France Info la chronique de la psychanalyste de la chaîne, répondant aux questions des auditeurs. Le sujet du jour : que faire face à la douleur d’un enfant face à la mort d’un de ses parents. La réponse, grosso modo, est « lui en parler, et consulter un psy ». Deux mouvements prévisibles : la libération par la parole, et aller consulter. Outre la question sur l’utilité de la réponse préfabriquée aux douleurs humaines, on voit qu’on pourrait avoir à peu près la même réponse d’un curé : expliquer la mort à l’enfant, et aller à l’église. Les deux disciplines ont un ardent désir d’évangélisation, elles poussent à leur consommation, elles ont aussi des difficultés à accepter la validité d’approches différentes.

Je me suis toujours étonné qu’on ne fasse pas le rapprochement plus souvent. Se rendre régulièrement dans un cabinet, au secret, pour révéler ses pensées les plus secrètes à une autorité qui vous écoute, n’est-ce pas l’exacte définition de la confession ? La psychanalyse ne serait-elle pas la religion des intellectuels et des créatifs ? Une version plus satisfaisante pour l’intellect ? Et pourquoi pas ? Les deux peuvent apporter une aide aux âmes dans le besoin, et ils laissent les autres tranquilles, parfois à regret.

  1. Genèse XVIII, 23-25, la Bible de Lemaître de Sacy
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