Un blog dispersé, chroniques, vie, entreprise (mépris et cruauté requis) et…

 
 

Je me suis rencontré, je me suis reconnu
Je me suis adoré au tout premier regard
Quand je rêve de moi, comme un vieil inconnu
me sourit tendrement à travers le miroir

Je m’aime à la folie, sans moi je ne suis rien
Je me suis attendu assis aux Deux Magots
Je ne voyais que moi parmi les faubouriens
Entre mille touristes aux allures de nigauds

Prolonge mon bonheur, demeure entre mes bras
Toi mon alter ego qui n’a jamais failli !
Je ne suis jamais seul lorsque je pense à moi

Quand je rentre le soir, je me sens accueilli
En parlant avec moi, bien loin des caméras
Je m’écoute encore, je m’aime, je me jouis !

J’ai la joie de ne plus être salarié depuis plus de deux ans. Le théâtre de l’entreprise m’est devenu un peu étranger. En tant que freelance, j’y fais de régulières incursions, et je suis quelques clients sur le long terme, ce qui m’ofre une position plutôt agréable : ni un membre officiel de l’entreprise, ni totalement un étranger, je me baigne en quelque sorte dans le petit bassin, pour un temps limité. cela me permet de retoucher du doigt les aléas du salariat en spectateur. La semaine dernière, j’ai revécu une situation que j’avais presque oubliée : chargé d’ajouter des fonctionnalités à un programme de gestion développé en interne, j’ai été contacté par une utilisatrice qui se plaignait d’un mauvais fonctionnement, ce que tout le monde appelle un bug. Vous n’en avez pas marre du mot bug ? Moi si. Bref, elle me contacte :
- Il y a un bug…
C’est une jeune fille charmante, elle a l’air sympa, et elle est très mignonne. Elle me montre le problème. En effet, je constate, il y a un souci. Comme je n’identifie pas sur place d’où provient l’erreur, je lui réponds sans donner de garantie de délai, que je vais chercher d’où cela vient. Je sais qu’elle en a besoin le jour même pour sortir un état imprimé. Mais je ne peux lui garantir de pouvoir faire la correction sans devoir lui donner une nouvelle version du programme, ce qui prend un peu plus de temps. Je retourne à mon bureau pour chercher la source du beuuug.

A peine suis-je assis, que je reçois un e-mail. Elle envoie un mot pour annoncer que la fonction dont elle a besoin ne marche pas, qu’elle ne peut pour l’instant pas imprimer son état, et qu’elle vient de m’en parler. Les destinataire sont la personne qui supervise mon travail dans cette entreprise, et le responsable de l’informatique, le numéro trois de la boîte. Je suis en copie. Panique à bord, elle se couvre les fesses. Il est 11:52.

En remontant la piste du problème, je m’aperçois qu’il s’agit simplement d’une information qui manque dans le résultat retourné par le moteur de bases de données. C’est simple à corriger, et le résultat sera immédiat, sans avoir besoin de lui livrer une autre version du programme. Je fais la correction, je la teste, je lui envoie un message pour lui demander de tester. Il est 12:05. A ce moment, je me demande : dois-je répondre à l’e-mail, méthode basique d’entreprise, tout le monde en copie pour dire que c’est résolu ? Ca fait compétence, rapidité, sérieux, je redore mon blason. Mais ai-je besoin de me justifier, de jouer ce jeu dans lequel j’ai été empétré de longues années ? Suis-je encore un acteur politique ? Je décide héroïquement que je n’ai pas besoin de tout ça. je m’en fous. Elle me confirme que la correction fonctionne, elle me remercie chaleureusement. Affaire classée. 12:15, elle fait preuve de grandeur : un e-mail tombe, elle confirme à tous que le problème est réglé. Chapeau. Elle avait agi trop vite, qui peut l’en blâmer ? elle a appris à jouer un jeu dans un environnement qui la presse à le faire, sinon elle deviendrait une victime. Sympathique, oui, masochiste, non.

J’avais oublié quels types de comportements la vie en entreprise générait.

Dans son Making Of, le site Rue89.com se fait l’écho de la grogne des lecteurs, qui réagissent à l’emploi du terme de grogne pour désigner les mouvements populaires, dits sociaux. Après que le mot fut utilisé pour le titre de plusieurs articles (”La grogne des pêcheurs s’étend”, le 18 mai; “Grogne sociale et jeux de pouvoir”, le 22 mai; “Grogne sociale, pourquoi ils sont tous dehors”, le 16 juin), les lecteurs ont réagi à l’utilisation du terme. Le Making Of conclut qu’il s’agit d’un tic journalistique malheureux.

En suivant bien la règle, c’est-à-dire en vérifiant dans le dictionnaire, on serait tenté de n’y voir aucun mal. le Robert donne deux acceptions au verbe grogner. En résumé, soit le cri du cochon, de l’ours et du sanglier, soit une façon de manifester son mécontentement en groupe. Mais les mots ont une connotation, et dans le cas de la grogne, elle est évidente : péjorative, franchement abêtissante. Le fait que le Robert présente une acception politiquement correcte, pour rendre compte de l’usage, induit en retour une justification à l’utiliser. On voit comment les dictionnaires peuvent involontairement véhiculer certaines tendances.

Tendances de quoi ? La carrière moderne du mot grogne a été lancée - selon le Robert culturel - par le Général de Gaulle, dans son allocution du 12 juillet 1961 : “chaque remous met en action les équipes diverses de la hargne, de la rogne et de la grogne”. Merci Mon Général. Quels sont ensuite les exemples d’utilisation donnés par le Robert ? “la grogne populaire, sociale, syndicale”. Dans l’utilisation quotidienne qu’en font les médias, nous trouvons des titres comme celui d’un article du Monde daté du 19 mai 2008 : “la grogne continue, la réforme aussi”.

Il se dessine une image prégnante : pendant que le gouvernement et les experts concotent savamment des solutions réfléchies, raisonnables et rationnelles, les masses populaires grognent de mécontentement. On ne parle pas de grogne des gouvernements, comme le remarque un lecteur de l’article de Rue89 : “[Nulle part ne se lit] ‘la grogne du Medef’, ‘la grogne des députés’ ou même ‘mouvement de grogne au conseil des ministres’.” ? En cherchant sur un agrégateur de sites d’actualités, on trouve 912 fois le mot grogne en un mois. Une recherche avec “grogne du gouvernement” par contre, ne retourne rien. Une recherche sur Google donne… 2 réponses : Un site marocain, et un site belge. Pourquoi cela ? Ne serait-ce parce qu’on considère les politiques comme détenteurs d’une rationalité, de l’exercice en pleine conscience de la décision après analyse minutieuse de tous les éléments du problèmes (les grand politiques, de nos jours, sont ceux qui « travaillent leurs dossiers ») ?

Alors que les bergers s’efforcent de maintenir le troupeau bien sagement au repos dans son enclos, de temps en temps, à cause d’un incident, de la montée de tension de la part de quelques spécimens, celui-ci est secoué de vagues inquiétantes, anarchiques, et peut, dans une réaction grégaire incontrôlable, briser une palissade et s’enfuir dans un galop sauvage, renversant tout sur son passage. Le peuple est donc inconséquent, et le politique, l’élu, est, par le fait même d’être institué, ou peut-être par nature, qui sait, guidé par son sens des responsabilités. Chez lui, la rationalité et l’analyse dominent, même si parfois on peut déplorer son manque d’à propos, ou une phrase indélicate, qui tranche avec son habituelle retenue. Même en masses, les élus grognent moins, ils se concertent, travaillent leurs dossiers, écoutent, médient (et non pas médisent), réunissent les partenaires sociaux. Cependant, des remous peuvent aussi se produire, à l’assemblée par exemple. On voit ainsi de temps en temps apparaître la “grogne des députés”, comme dans ce titre d’une chronique d’Alain Duhamel. On a sans peine l’image : l’assemblé nationale transformée en masse de pourceaux par une Circé dissimulée en Marianne à l’aide d’une herbe puissamment anti-gouvernementale. Par bonheur, Nicolas Sarkozy, immunisé contre cette magie, les sauvera de leur triste sort.

La question qui vient naturellement est celle-ci : le peuple n’est-il pas une grande épine dans le pied du politique, et à travers lui du progrès et des réformes nécessaires, de la raison, du pragmatisme, et des adaptations urgentes à tout ce qui change ? Les deux axes du mouvement social et politique seraient alors d’un côté un peuple archaïque, grognard et inconséquent, et de l’autre une politique de gestion, dont on sait que la seule force de proposition est l’adaptation “aux changements inéluctables de notre société” (Habermas montre, dans son livre « La technique et la science comme idéologie » que la politique prend “une forme consistant à opérer techniquement sur des processus objectivés”, en d’autres termes, à gérer technocratiquement).

En entreprise, cette représentation est similaire : le manager, qui agit rationnellement, selon les informations globales et le savoir-faire gestionnaire dont il dispose, est celui qui saura toujours mettre en place les adaptations bénéfiques. Les employés, que leur rôle de production maintient à une place bien délimitée, doivent faire preuve de souplesse, de flexibilité, pour leur propre bien et celui de l’entreprise. Ils ne savent pas juger de ce qui est bien pour elle. Malheureusement, les élus comme les managers, tous nous conduisant rationnellement vers le progès social apaisé sous perfusion, doivent se heurter à une tendance humaine qui nous plonge dans le chaos : la résistance au changement. Ah ! si les chercheurs pouvaient trouver la zone du cerveau qui produit la résistance au changement, son ablation deviendrait aussi nécessaire qu’un vaccin… jusqu’à ce qu’ils soient obligés d’arrêter le traitement, comme pour le vaccin DTPolio, retiré temporairement de la vente ce mois à cause d’une « recrudescence de réactions allergiques ». Nous espérons de notre côté que la virulence du déni de démocratie provoque plus de réactions allergiques.

Mais ne soyons pas pessimistes. La grogne n’est pas toujours du côté des irresponsables, elle n’est pas non plus un terme nouveau, comme nous l’avons déjà vu avec De Gaulle. Pour preuve, ce document précieux : deux minutes d’un sujet de Soir 3 du 8 janvier 1987, intitulé la « grogne des usagers ». Cette fois, ce ne sont pas les empêcheurs de faire tourner la république qui grognent, mais bien les usagers, qui décident, encadrés par le RPR et l’UDF, de manifester contre les grévistes. Appréciez comment si peu de choses – et de gens – ont changé, notamment sur la fin du reportage, lorsque Patrick Devedjian affirme que les grévistes « veulent faire couler la relance économique ».

Jürgen Habermas – La technique et la science comme « idéologie », Collection Tel, Gallimard, 1990

Après avoir reçu Christophe DEJOURS et Corinne MAIER sur le sujet du TRAVAIL en entreprise (vous trouverez les portraits des invités et les résumés des sujets sur notre site www.cafedebat-autrementdit.fr), c’est ANTOINE DARIMA,  ex-jeune cadre d’entreprise, qui viendra nous parler avec  HUMOUR des nouvelles méthodes de management vues de l’intérieur de l’entreprise. Car depuis son bureau de cadre technique il a tout vu: la valse des projets, les carrières qui éclosent, celles qui fanent, les grandes stratégies, les vagues de licenciements… Il a eu l’opportunité de décrypter les ressorts réels d’un management dont il livre les recettes dans son essai caustique: ” GUIDE PRATIQUE POUR RÉUSSIR SA CARRIÈRE DANS L’ENTREPRISE avec tout le mépris et la cruauté que cette tâche requiert. “
Si vous suivez ces méthodes vous deviendrez un manager heureux. Si vous savez jouer sur la rivalité, la peur du chômage, la servitude volontaire (chère à LA BOETIE) de vos subordonnés, alors vous deviendrez ce nouvel héros de notre époque, un manager dynamique. Pour tous les autres cette rencontre promet une lucidité accrue sur les JEUX et les ENJEUX du monde du travail.

AUTREMENT DIT, un café  pour débattre, animé par Britt et Christian,

au 1er étage du CAFE  DE  LA MAIRIE 8, Place Saint Sulpice, Paris 6è, métro St. Sulpice.

Sujet du Jeudi 26 Juin 2008 à 20H00

LE BONHEUR DANS L’ENTREPRISE - A QUEL PRIX ?

LE MANAGER EST-IL LE NOUVEL HEROS ?


Notre invité: ANTOINE DARIMA ex-cadre d ‘entreprise, auteur de « GUIDE PRATIQUE POUR REUSSIR EN ENTREPRISE, avec tout le mépris et la cruauté que cette tâche requiert » éditions ZONES


Vous avez la passion de comprendre votre époque ?
Vous ne vous contentez ni du prêt-à-penser télévisuel ni des lieux communs ?
Alors venez interroger le temps présent avec nous et nos invités : auteurs-penseurs qui bousculent les idées convenues et dynamisent le débat dans la cité.
Nous comptons sur votre participation “interactive”.
Cordialement
Britt et Christian

On parle d’asentéisme ces derniers jours, absentéisme scolaire, à la suite de polémiques sur les fiches de la “base élèves” (sur lesquelles on comptait faire figurer les données d’absentéisme), absentéisme aussi des parlementaires, deux catégories de personnes qu’on pensait pourtant éloignées l’une de l’autre, au deux extrémités du chemin d’apprentissage de la socialisation.

L’absentéisme est avant tout une forte préoccupation des employeurs. L’antienne bien connue est son coût pour les entreprises. Heureusement celles-ci peuvent depuis quelques années bénéficier des services d’un groupe européen de “services RH” nommé Securex, spécialisé dans les services de “management global du présentéisme”, entendez des formations inter ou intra-entreprises pour aider les entreprises à gérer leurs problèmes d’absentéisme, et principalement les contre-visites médicales : pour le compte des entreprises clientes, elles rémunèrent à l’acte des médecins généralistes qui se déplacent au domicile de salariés en congé maladie, pour déterminer si ceux-ci sont réellement souffrants. Les services de Securex sont proposés au adhérents de plusieurs sections régionales du Medef, qui ont signé des accords de partenariat avec la société de services.

Peut-être êtes-vous en train comme moi de vous imaginer les subterfuges que vous pourriez mettre en place pour réeellement avoir l’air malade au passage du mouchard, pardon, du “médecin contrôleur”.
Il existe quelques moyens bien connus des étudiants : se gaver de glace dans un temps très court, sucer une pièce de monnaie si on vous prend la température à la bouche (il paraît que cela fait monter la température d’un ou deux degrés). Certains vont même jusqu’à la consommation volontaire de produits périmés, ce qui semble plutôt à déconseiller. La meilleure solution reste bien sûr le simple talent d’acteur.

Pour autant, il n’est peut-être pas utile d’aller dans les extrêmes, comme dans le cas de cette travailleuse sociale de l’état de Washington qui, comme nous l’a appris en mai l’agence de presse américaine Associated Press, a simulé un cancer du cerveau, en présentant de faux certificats médicaux, pour éviter d’aller au travail.

L’absentéisme s’oppose au présentéisme, qui lui-même se complète du surprésentéisme, c’est-à-dire les heures supplémentaires, valorisées aujourd’hui comme on le sait. Bien souvent, l’entreprise ne cherche pas le présentéisme, mais le surprésentéisme. Le jeu social de l’entreprise, fait de reconnaissance et de récompenses symboliques, y poussent certains. Dans les années 80 et 90, on était parfois enthousiaste à rester tard : on croyait à l’entreprise, on voulait participer à ce mouvement collectif. Les licenciements massifs ont fait comprendre aux salariés que la reconnaissance de leur travail était très relative. Cela en a démotivé certains. Cette période a vu aussi - était-ce en réaction à cette démotivation ? - une augmentation de l’hypocrisie managériale, qui travestit de plus en plus des méthodes de contrôle supposées rationnelles en moyens de concorde sociale et d’épanouissement des individus. Coincés dans les rets de ce discours paradoxal, les salariés ne savent maintenant plus pourquoi ils font des heures supplémentaires. Un mélange de peur du chômage, de besoin de reconnaissance (comme dans ces couples où un partenaire accorde de plus en plus de concessions en pensant que cela va réveiller l’attention de l’autre, ne faisant qu’aggraver le problème), et de sentiment de n’avoir simplement pas le choix : le volume de travail n’est pas réalisable dans le cadre des horaires de bureau. C’était d’ailleurs ma définition du mot planning dans une entrée de blog : “Méthode pour officialiser le déplacement de sa surcharge de travail hors de ses horaires de bureau”.

Dans ce contexte, se faire porter pâle, cultiver soigneusement un absentéisme de bon aloi, n’est-il pas un moyen de retrouver sa santé mentale, de reprendre du contrôle sur sa vie, une voie d’épanouissement ? Cela devrait satisfaire les entreprises, qui veulent le bien de leurs employés. Que l’absentéisme ne soit pas confondu avec l’absenthéisme, ce mot-valise inventé par Alain Créhange, l’auteur de “Le pornithorynque est un salopard” aux éditions Mille et une nuits : “Doctrine religieuse qui affirme que Dieu existe, mais qu’il n’est pas là en ce moment.”
Pour participer à ce mouvement d’épanouissement, je collecte les astuces pour éviter de travailler, que ce soit pour ne pas aller au bureau, ou pour y paresser. N’hésitez pas à partager les vôtres en commentaire. Il y en a une excellente que je veux vous faire partager aujourd’hui. on peut l’appeler la technique du jour de maladie.

La technique du jour de maladie

Le début est classique : au matin, appeler le bureau, prenez une voie d’outre-tombe et annoncez que vous êtes intransportable (la gastro-entérite est très à la mode depuis quelques années). Assurez à votre responsable que, compte tenu de l’importance des projets actuels, si vous pouviez venir, vous le feriez.

Ensuite, prenez votre demi-journée de repos, et après le déjeuner, rendez-vous à votre travail. Jouez le malade, prenez avec vous, ostensiblement, des boîtes de médicaments, et expliquez à votre manager que vous vous sentez légèrement mieux, et que vous êtes venu pour avancer sur vos projets. Ainsi, au lieu de passer pour un simulateur, vous serez au contraire considéré comme un employé modèle. Vous aurez pris une demi-journée de congé, vous pourrez travailler l’après-midi à un rythme ralenti, et pour tout cela, vous serez bien vu. Cette technique n’a que des avantages, sauf un seul inconvénient : elle ne peut pas être utilisée souvent.

Et vous, que faites-vous pour éviter de travailler ?

L’incompétence est un capital

L’on considérera  avec beaucoup d’intérêt ce petit tableau pour aider nos lecteurs à accroître leur potentiel d’incompétence et donc tout à la fois leur durabilité et leur rémunération en entreprise, en administration publique comme dans les ordres religieux. En un mot: éprouvez votre ”résilience”.

 

L’incompétence passe inaperçu lorsque le jugement de vos pairs se fait irrationnel

La théorie de Champignac postule que plus vous êtes influent et réputé plus vous accroissez votre potentiel d’incompétence.  En effet, l’influence et la réputation édulcorent le jugement de vos pairs. Si par ailleurs vous cumulez réputation, influence et pouvoirs discrétionnaires, l’évaluation de vos pairs sera d’autant plus altérée et irrationnelle que votre incompétence passera soit inaperçu soit pour de la très haute compétence.

 

Une échelle de valeur inclusive qui part de Dieu

Pour se rendre compte de l’échelle des incomptences potentielles que vous pourrez vous permettre d’atteindre, veuillez vous référer au tableau ci -dessous:

 

Votre le potentiel d’incompétence et votre fonction dans l’organisation (de haut en bas)

Potentiel d’incompétence maximum

Dieu et lui seul

Grand patron/Prophète/Président de la République/Empereur/Roi/Pape

PdG/Ministre/Cardinal

Vice-président de département/Haut-fonctionnaire/Archevêque

Contrôlleur de gestion/Fonctionnaire cat. A./Évêque

Contrôlleur de production/Fonctionnaire cat. B./Vicaires généraux

Ouvrier/Employé/Fonctionnaire cat. C./Prêtre

Étudiant/Apprenti/Séminariste

Analphabète/Simple croyant

Potentiel d’incompétence minimum

 

Exemples pertinents qui appuient la théorie (notoriété/évaluation irrationnelle)

Certains humains imputent la création de l’univers tout entier à un être dont l’existence n’est pas avérée.

Un analphabète qui se proclama prophète s’est auréolé de gloire en faisant conquérir un empire par des sujets plus brillants que lui.

Bill Gates qui a fait de Microsoft l’une des plus grandes firmes au monde n’est qu’un programmeur, pas un gestionnaire

Albert Einstein, qui était un authentique génie, n’a jamais été le président d’Areva.

Nicolas Sarkozy ne savait pas combien de sous-marins nucléaires possède la France et pourtant, il est devenu président de la république.

Ségolène Royale, son challenger, ne le savait pas davantage et pourtant, elle était le deuxième choix des français aux présidentielles.

Che Guevara a échoué à générer des guérillas urbaines en chaine en Amérique Latine et il s’est fait exécuter en Bolivie.

Les t-shirts et autres produits dérivés estampillés Che Guevara que les nostalgiques s’arrachent sont produits par des capitalistes.

Adolf Hitler n’était ni un brillant tacticien ni un brillant stratège mais un joueur de poker. Chamberlain et Daladier qui étaient à tous égards supérieurs intellectuellement au petit caporal ne se sont pas moins laissés intimider.

Etc.

Les études de management nous mettent souvent aux prises avec le travail de groupe. C’est même une lubie salutaire , nous dit-on, car cela nous prépare aux habitudes du travail en entreprise. D’ailleurs, ce travail collectif se termine, généralement, par une présentation en classe, devant ses pairs. Le temps est donc à la parole, c’est-à-dire à la production de (non-)sens.

Vous me diriez, sans doute, que le principal défi du travail en équipe, c’est l’organisation et la répartition des tâches. Erreur: ce défi, c’est de prendre la décision de commencer le travail. C’est justement grâce à cela que nous trouverons le moyen de faire apparaître notre ignorance comme une force, notre négligence comme de la prévention et notre impréparation pour un dur labeur.

En effet, l’intelligence collective c’est - parfois, voire souvent - l’alignement de toutes les intelligences individuelles sur la plus petite intelligence individuelle du groupe (c’est l’un des paradigmes de la propagande). La tranmission et l’assimilation d’information entre les membres de l’équipe devient similaire à un produit sur une chaîne de montage. Prenons l’exemple d’une bouteille de lait dans un processus séquentiel: si l’équipe qui est en amont produit plus de bouteilles de lait que l’équipe suivante ne produit de bouchons, la vitesse de la chaîne sera exactement celle de l’équipe la plus lente, c’est-à-dire inférieure à la moyenne du rendement de toutes les équipes.

Revenons donc au travail de groupe : quel sujet traiter et comment? Une seule personne (sur cinq) s’est donnée la peine de faire un petit recensement de la littérature scientifique publiée sur le thème imposé par le professeur. Les quatre autres viennent les mains dans les poches et les neurones déconnectés, leurs carnets et leurs stylos bien en évidence, cependant, sur la table de réunion.

Comme dans l’entreprise, ce genre de situation réclame un leader plus qu’une idée géniale. Quelqu’un doit prendre la parole, produire un sens, une direction, inciter les autres membres à le suivre et, enfin, ce leader doit recueillir tout le mérite du travail accompli (alors que la seule personne à avoir fait quelque chose, rappelons le, c’est ce membre de l’équipe qui a apporté les résumés de textes).

La production de sens est une mission relativement aisée. Il faut sélectionner quelques textes parmi le large éventail de la littérature disponible. En se fiant aux titres et aux deux premières lignes de chaque résumé, l’on peut parvenir à sélectionner un sujet et à poser une question directrice. Les collègues, à ce point là, commencent par être surpuris, impressionés, soulagés mais ils demeurent sourcilleux: n’est pas leader qui veut, et d’ailleurs, ce n’est pas parce qu’on a pas de meilleure idée que celle proposée qu’on doit se taire!

Le sens produit, il reste à convaincre son auditoire de sa véracité c’est-à-dire de répondre favorablement à la question suivante: est-ce qu’aborder le thème sous cet aspect aidera à nous en tirer à bon compte et au moindre effort? Le “leader” autoproclamé est-il vraiment capable de produire un sens qui fera sens pour l’évaluateur, le professeur? Enfin, et last et least tout à la fois, comment faire le travail?

Convaincre de la nécessité de son leadership. Répéter deux fois, trois, quatre fois la proposition initiale reformulée à chaque fois pour satisfaire tel collègue car il faut répondre aux questions redondantes qui nous sont posées (quatre collègues = quatre fois la même question, formulée différemment, donc quatre fois la même réponse, formulée différemment).

Convaincre que le sujet posé est le bon. Ne surtout pas relever que personne n’a d’autre idée à proposer.  De ce fait, tout le monde est déjà convaincu, ne serait-ce que pour ne pas avoir à réfléchir à une alternative. Au besoin, faire preuvre de leadership et répéter l’étape précédente.

Convaincre que le professeur récompensera ce choix. Faire le lien entre le sujet et les termes de l’exercice tels que posés par le professeur, réinterpréter l’énoncé dans le sens de ses intérêts propres. En dernier lieu, le professeur lui-même sera convaincu par ces étudiants débrouillards qui font parler son propre énoncé et abordent la matière sous un angle différent, alternatif, original.

Bien sûr, au bout du compte, il faut tout de même produire un rapport qui soit cohérent et pertinent eu égard au sujet retenu. Attention : votre potentiel d’ncompétence  est limité car il est exactement proportionnel à votre capacité d’influence, laquelle est relativement limitée pour un étudiant.

!!! Pour aller un peu plus loin: Élargissez votre potentiel d’incompétence.

 

L’Élan vers le Pire s’enorgueillit de promouvoir la culture du parler vrai et, à ce titre, l’Élan vers le Pire est fier d’inaugurer une nouvelle méthode d’embauche qui ne soit pas fondée sur l’auto-portrait lénifiant.

En effet, quand l’Élan vers le Pire recrute, cela se fait en écoutant le coeur des candidats et ça, « c’est meeerveilleux! » , comme dirait Michel Drucker.

 

LA LETTRE DE MOTIVATION

Pacôme Hégésippe Ladislas de Champignac
24 rue des Pots aux roses,
H5N1 Lamagouille, Québec
 
L’Élan vers le pire…
Antoine Darima DRH
www.elanverslepire.info
 
Lamagouille, le 34 piral an I

Objet: Offre d’emploi parue dans ma boite de courriel pour un Élan vers le pire.
Référence: ANNVRSR-RVLTION-OCTBR_06111917
 
Monsieur,
 
Je fais suite à l’offre d’emploi que, dans votre amabilité, vous avez bien voulu me faire parvenir par courrier électronique.
 
Vous conviendrez que mes qualifications correspondent tout à fait à celles requises par le poste offert.
 
Diplômé de Science Politique, les méandres de la “communication stratégique” (anciennement connue sous le nom de propagande) me sont devenus très familiers. La production de termes et autres concepts dépourvus de sens et d’utilité mais drapant l’action de l’entreprise dans l’aura de l’innovation et de la responsabilité est une des spécialités de ma formation de rhêteur. En effet, la logorhée d’un Garbitsch de Tomanie a été une véritable source inspiration pour l’étudiant cinéphile que je suis.
 
Élan vers le pire a suscité l’admiration de ses pairs pour avoir fixé le nouveau paradigme mondial de la communication d’entreprise, interne comme externe.Ce n’est donc pas un hasard si je réponds avec ferveur à votre offre car l’idéal d’un nouvel Élan vers le pire m’identifie totalement: le honisme est l’un des articles de foi de la profession de producteur de synergies scolastiques.
 
Étudiant au Master ès Gestion en HÉC, je suis en contact permanent avec l’univers de l’entreprise et, de ce fait, je ne peux qu’être conscient que la motivation et la compétence seules ne suffisent pas. En effet, ayant fait de la contention de mes facultés intellectuelles comme du culte de l’entreprise une religion personnelle, je puis vous assurer que je suis également tout disposé à produire toutes les palinodies nécessaires au maintient de la réputation de votre compagnie.
 
Dans l’attente d’une réponse de votre part, je me tiens à votre entière disposition pour de plus amples informations et je vous prie de croire, Monsieur, en l’expression zélée de ma considération.
Pacôme Hégésippe Ladislas de Champignac

 

LA LETTRE D’EMBAUCHE

Cher Monsieur,

Nous étions à la recherche d’un talent pour notre nouveau département de verbiage stratégique, vous nous avez convaincu par le brio de votre lettre de motivation, ainsi que par une qualité essentielle pour cette fonction, que vous mentionnez : la contention intellectuelle.
Nous vous proposons donc une période d’essai de 3 mois incompressible, automatiquement renouvelée par une période de préembauche de 6 mois accompagnée d’un contrat cadre avec possibilité unilatérale de rétractation rétroactive.
Bien sûr, vous ne serez pas soumis au code du travail. Chez nous, nous appliquons une convention individuelle particulière, que nous avons mise au point pour moderniser les rapports de travail.

Antoine Darima

Le conformisme, c’est ce qui pousse tout le monde à imiter tout le monde, quel que soit le fond, le sens, et la portée de ce qui est dit ou fait. C’est la mode et la tendance, et il y en a partout. Interpelé depuis quelque temps par les nouveaux termes à la mode de l’univers des médias, il y en a deux qui font envie de se prendre la tête à deux mains. Le premier fait fureur chez les politiques, c’est le logiciel. Rappelons qu’un logiciel est un outil informatique qui permet de faire un travail particulier. Un traitement de texte sert à écrire, un tableur, à faire des feuilles de calcul. C’est du code qui effectue des actions et produit des résultats.

Alors, qui a eu l’idée de l’utiliser le premier pour décrire une façon de penser ? Exemples dans la presse :

  • “Mais c’est à coup sûr, un sérieux lifting du logiciel socialiste”… Nouvel Obs.
  • “tout le monde a compris qu’il y avait un souci de logiciel, des idées à la campagne”. Jean-Christophe Cambadélis, cité par Reuters.

en général, cela va avec le parti socialiste, qui doit “changer son logiciel”. Cela trahit à peu près la même compréhension de l’informatique que les séries télévisées dans lesquelles on voit une blonde, très douée en “hacking”, tapoter furieusement le clavier et provoquer de multiples ouvertures de fenêtres dans lequelles défile rapidement un flot de texte interminable. Vous n’avez jamais vu ça sur votre ordinateur ? Moi non plus, et mon logiciel va très bien, merci.

Mais pire, il y a la grogne. Malheureusement, le mot semble correct : le Robert donne deux acceptions au verbe grogner. En résumé, soit le cri du cochon, de l’ours et du sanglier, soit une façon de manifester son mécontentement en groupe. Vous voyez la tendance. Le terme grogne a été semble-t-il remis à la mode par le Général de Gaulle. Merci, merci encore. Je suis déçu, je pensais que c’était un terme fautif. Mais le Robert l’accepte, alors tout va bien. Quels sont les exemples d’utilisation donnés par le Robert ? “la grogne populaire, sociale, syndicale“. Voyons, n’y aurait-il pas quelque chose d’un peu péjoratif, quelque part ?

Un titre du Monde du 19 mai : “la grogne continue, la réforme aussi”. Vous voyez l’image. Pendant que le gouverment et les experts concotent savamment des solutions réfléchies, raisonnables et rationnelles, les masses populaires grognent de mécontentement, dans leur bouge infâme. Ne cherchez surtout pas le nombre de fois qu’apparaît le mot “grogne” dans les médias. En cherchant sur un aggrégateur, juste 912 fois en une mois de news.

Une recherche avec “grogne du gouvernement” sur Google, par contre, donne… 2 réponses. Un site marocain, et un site belge. pourtant, le gouvernement n’est-il pas lui aussi un groupe, qui pourrait manifester son mécontentement ?

On connait la langue de bois comme méthode (presque) généralisée de communication politique. Elle est bien entendu utilisée largement dans le monde des dirigeants d’entreprise, où elle s’agrémente volontiers d’une touche de mépris, et de quelques nuances de cynisme. Dans le milieu bancaire, en ce moment, ce bouquet semble en pleine floraison.
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