Antoine Darima publie son deuxième bouquin… en livre électronique seulement, et pas cher du tout.
Les hommes et femmes politiques parlent, tout le temps, partout, de tout, c’est une question de survie. Ce livre est né d’un sentiment de raz-le-bol devant la parole galvaudée, les formules passe-partout, le vide abyssal que cachent les pirouettes rhétoriques. Le politique parle comme le séducteur. Il a envie de faire l’amour à la France, peut-être, mais celle-ci en sera-t-elle heureuse à la fin ? En attendant, voici un parcours des trucs de la parole politique, avec exemples décortiqués, provenant de tous les bords, agrémenté d’un dictionnaire des idées toutes prêtes, qui vous sera utile si vous voulez vous aussi vous lancer dans cette prestigieuse carrière.
Vous le trouvez à l’achat sur l’Apple Store pour Iphone et Ipad, sur Amazon pour le Kindle ou sur Virgin pour le format Epub. Le fichier n’est pas protégé par DRM, le livre coûte 3,49 euros !
Table des matières
- Comment agir pour la France
- Comment dire la vérité aux français
- Comment devenir un grand politicien
- Répondre à l’appel des français
- Comment faire l’amour à la France
- Comment combattre pour la France
- Comment réformer la France
- Comment convaincre les français
- Comment partager l’émotion des français
- Comment apporter de vraies réponses aux français
- Comment donner du sens à la politique
- Comment engager la lutte en politique
- Comment survivre aux affaires
- Dictionnaires des idées toutes prêtes
- Exercices
Un extrait
Extrait du chapitre « dictionnaire des idées toutes prêtes »
Avenir ― Se construit, se regarde, se réfléchit, s’interroge, se prépare, se désire bien sûr. C’est surtout l’endroit vers lequel on se tourne. Pour cela, il faut faire des propositions, avoir un grand projet, toujours avec de la détermination.
L’avenir est le nôtre, ou celui de nos enfants.
Dès qu’un problème se présente, il faut tourner la page et regarder vers l’avenir, de préférence résolument.
Il serait irresponsable […] de faire croire aux français que nous pourrons résoudre nos difficultés en reprenant les slogans du passé.
Jean-Pierre Raffarin dans un de ses discours de politique générale, cité par Pascal Marchand, De l’affrontement partisan à la violence symbolique : la déclaration de politique générale dans la Ve République, dans Parlement[s], Revue d’histoire politique 2010/2 (n° 14), L’Harmattan, p. 49.
Pour se tourner vers l’avenir, il faut bien entendu tirer les leçons du passé.
L’avenir est parfois un drôle d’endroit. Par exemple, pour Nicolas Sarkozy, dès qu’on coupe des ailes, ça a l’effet d’en fermer les portes :
Mais en coupant les ailes de la jeunesse, chacun doit être conscient que l’on coupe les ailes à la société tout entière. Car dans un monde où les rêves de la jeunesse ne se réalisent jamais, les portes de l’avenir se ferment pour tous, quel que soit leur âge.
Nicolas Sarkozy, Université d’été des jeunes populaires, le 03 septembre 2006
On apprend donc que la jeunesse et la société ont des ailes, alors que l’avenir a des portes. Parfois, l’avenir est un grand dessin qui se forme grâce aux crayons de couleur de quelques artistes talentueux :
C’est à la fonction présidentielle de dessiner l’avenir, c’est la responsabilité du Président que de s’adresser à l’esprit et l’âme de ses concitoyens, tous partis confondus, toutes opinions confondues, pour éclairer les décisions qui vont être les leurs.
François Bayrou, Discours à Bron, le 19 décembre 2006
On apprend au passage que le dessin s’approche de l’ampoule, puisqu’il a la fonction d’éclairer.
Mais d’où vient l’avenir ? Les théories sont diverses. La vision classique est amenée par Ségolène Royal : « Les jeunes sont notre avenir. »1. Nicolas Sarkozy est plus novateur : « dans notre époque […] c’est l’intelligence collective qui enfante l’avenir »2, François Bayrou est sur la même ligne : « Je pense que c’est la Recherche qui est l’avenir de la France »3
Et quel est sa nature ? Depuis Einstein, nous savons que le temps n’est pas absolu, mais relatif à un observateur, à un référentiel. En relativité restreinte, le futur proche peut se dessiner comme un cône de lumière, représentant les points qu’une onde de lumière peut atteindre. À partir d’un point, il y a donc plusieurs avenirs possible. Peut-on y voir plus clair ? C’est toujours difficile, même en convoquant les philosophes :
Et à la frontière de ces deux années nous pouvons nous poser la question du philosophe Emmanuel Levinas : Quelle heure est-il dans le temps ? Le temps n’est pas aux certitudes : trop d’aléas, trop d’inconnues rendent l’avenir difficile à entrevoir. La mondialisation, les bouleversements économiques, le réchauffement climatique, les foyers de guerre et de terrorisme, rendent les prévisions hasardeuses ou péremptoires.
Ségolène Royal, Vœux aux français, le 04 janvier 2007
N’y a-t-il rien à faire ? Nous pouvons souhaiter, comme Dominique de Villepin : « Il y a plusieurs avenirs possibles pour la France, je souhaite le meilleur »4, et, comme François Bayrou, garder le même esprit de combat, positif : « Nous ne récusons pas l’avenir, nous le voulons. Nous l’acceptons avec ses ombres et ses lumières. Et nous acceptons ce défi : c’est au politique de saisir les lumières pour en faire de l’énergie, et conjurer les périls qu’il devine dans l’ombre. »5
La grande culture scientifique de François Bayrou lui permet d’allier l’action politique et l’astrophysique. En expliquant qu’en saisissant les lumières de l’avenir pour en faire de l’énergie, on conjure les périls qu’on devine dans l’ombre, ne dit-il pas la même chose qu’Albert Einstein, qui a montré par la fameuse formule E=MC2, qu’une particule possède en elle une énergie égale au produit de sa masse par le carré de la vitesse de la lumière ? Il reste certes des inconnues quant à la formulation exacte de M. Bayrou. Veut-il dire, dans une optique newtonienne, que pour produire cette énergie, il faut se saisir de la lumière pour lui donner un mouvement (par une action politique résolue), ce qui produit une énergie cinétique ? Il ne peut pas ignorer les développements relativistes, et sans doute doit-on alors comprendre que les périls devinés dans l’ombre céderont à la lumière elle-même, dont la masse équivaut à une énergie, quel que soit son mouvement.
Y a-t-il un avenir pour tout le monde ? En politique, non. Une catégorie de jeunes, condamnée à l’échec, s’en voit privée. L’avenir est pourtant un droit qu’il faut revendiquer.
Vous avez raison de revendiquer votre droit à l’avenir.
Ségolène Royal, Discours à Grenoble le 01 février 2007
Lorsqu’on parle en termes économiques, la France a un avenir. Mais pour le reste, elle a un destin. Le destin de la France est grand. Le destin de la France est le destin de tous les français. Par exemple, la Nouvelle-Calédonie a un destin à partir du 5 mai 1998, date de la signature de l’accord de Nouméa.
Il est aujourd’hui nécessaire de poser les bases d’une citoyenneté de la Nouvelle-Calédonie, permettant au peuple d’origine de constituer avec les hommes et les femmes qui y vivent une communauté humaine affirmant son destin commun.
Accord sur la Nouvelle-Calédonie signé à Nouméa le 5 mai 1998. http://www.legifrance.gouv.fr/WAspad/UnTexteDeJorf?numjo=PRMX9801273X
Même les organisations plus modestes ont un destin. Pas exemple, pour Jean-françois Copé, il faut 6 à 12 ans pour conduire le destin d’une ville6.
L’avenir permet aussi de répondre à la place du politique dans le cas de questions délicates. Par exemple, au sujet du changement de statut de La Poste :
Jean-Jacques Bourdin ― Mais points de contact et bureaux de poste sont deux choses bien différentes. Combien de bureaux de poste maintenus ?
Christian Estrosi ― C’est l’avenir qui le dira, ce n’est pas la loi qui doit le dire.
Interview de M. Christian Estrosi, ministre de l’industrie, à RMC le 10 novembre 2009.
1Ségolène Royal, Profession de foi PS, le 11 octobre 2006
2Nicolas Sarkozy, Université d’été des jeunes populaires, le 03 septembre 2006
3François Bayrou, Réunion publique à Lille, le 14 décembre 2006
4Interview de M. Dominique de Villepin, à Europe 1 le 14 octobre 2005.
5François Bayrou, Discours au Conseil national de l’UDF, le 12 novembre 2006
6Jean-François Copé, Promis, j’arrête la langue de bois, Hachette 2006, p.66
billet de Rudi Bruchez, le 22 février 2012 à 14:58
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